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Alinéa etc

  • Me voici

    poésie


     

    Me voici. Vide.
    A bout d’encre
    A bout d’envie
    Les doigts raides
    La nuque aussi
    A peine en vie
    Vide et laide
    Laide et livide
    Une épée, un fil
    Une funambule
    Une fille, une bulle
    Une fille vile


    Me revoici. Lente.
    Alanguie, indolente
    D’un sommeil sans rêve
    Je plonge dans le vide
    D’un trait je me gomme
    Au sommet de l’inutile
    Silence je me nomme
    Dans le droit fil du futile
    Simplement ailleurs
    Sous les ors de l’absence
    Quelque part à l’extérieur
    Loin de l’effervescence
    Invisible comme un secret

     

     

    Michèle Menesclou

     

     

     

     

     

     

     
  • Danse

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    Une danse à deux, quelques pas de héron 
    Pieds levés ailes déployées,
    Jaune rouge vert d’eau
    Une barque balance deux trois à droite
    Un deux à gauche tribord bâbord au fond du lac
    En surface les planches se croisent
    Absorbées entre cristes-marines.
    Naufragés de l’oubli
    Sombrent somnolents estivants
    Un deux, pas de l’exil,
    Symptôme des âmes apeurées

    Un deux trois,
    Valse sans retour vers des pays aimants

     

  • Temps de novembre

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    Aujourd'hui, un vrai temps de novembre parisien. La pluie tombe avec rage sur la chaussée, elle rebondit dans les rais des phares des voitures. Les parapluies dégoulinant s'entrechoquent, les corps sont courbés pour échapper aux rafales, les bus roulent tête baissée et éclaboussent les trottoirs. Les autos fument de gros cigares. Le bitume, peau grise et épaisse des villes, reflète les ombres pressées, les lumières colorées qui s'effilochent dans la nuit.

    A six heures pétantes, la tour Eiffel s'est allumée, elle scintille, un peu ridicule dans ses habits de gala un soir comme ça. Les cheveux des filles sont des montgolfières, les garçons les portent plaqués sur le front. Les manteaux ont fermé leurs cordons, les chaussures floc-floquent sur le pavé, les nez reniflent, les gorges toussotent, c'est novembre.

    Le fleuve sursaute en ricochets, parfois il me semble le voir réellement avancer. Il est noir et mystérieux ce soir, que cache-t-il dans son ventre ? Sur les quais, des péniches enfoncées dans l'eau jusqu'à la taille attendent. C'est un temps de novembre à Paris aujourd'hui.

     

     

    Michèle Menesclou

     

  • Bonheur humide - Alexandrie Lacaze

     

     

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    La recherche du bonheur
    Me fait douloureusement sourire
    J’ai tenté de réparer le monde
    Ce fut un échec,
    Défaite de l’aventure
    Regardons-le en souffrance
    Ce monde est voué à la pourriture
    Tout comme chaque organisme vivant
    La planète se putréfie
    Chaque jour et celui d’avant
    Nous cherchons à la guérir
    Entreprise sans espoir


    Naître nous lie
    Nous appartenons
    Venir au monde
    Nous donne des devoirs
    Je n’existe pas
    Je est une partie du tout
    Chaque homme vient au monde
    Parce que l’univers le réclame
    Il n’y a nulle autre raison
    Le reste est dérisoire


    Dans une barque
    En son fond
    Quelques souvenirs passent
    Demeurent des impressions
    Si demain je meurs
    Quels regrets
    Quels remords
    Quelles victoires
    M’accompagneront ?


    L’autre me donne à dire
    Sans autre mode de pensée
    C’est par lui que j’existe
    Pour lui que je disparais
    Dans les millions d’étoiles
    J’irai rejoindre demain
    Ceux d’hier et de jamais
    Me fondre en un éternel refrain
    Poursuivi pas ceux qui viendront après


    Dormir n’est pas mourir
    Dormir est lutter
    Je me bats avec les cauchemars
    Les rêves de bonheurs
    Ceux qui jamais ne naîtront
    Enfuis vers l’éternité.

  • Pour Jean-Marc : "Le bonhomme sept heures et la dame de coeur"

    Ce qui est écrit en italique est emprunté à un texte de Jean-Marc La Frenière : "DE LA DAME DE CŒUR AU BONHOMME SEPT HEURES ".

     

    bohomme7h.jpg

     

    La mort n’emporte pas toutes les fleurs avec elle. La mort n’arrête pas la pluie. Sur les carreaux tombent les gouttes de traverse. L’eau prend la tangente, intransigeante : un sang livide, des larmes fades et amères. Il attend, tapi dans un recoin sombre en tueur du dimanche le bonhomme sept heures, prêt à briser les os et à sucer la moelle des enfants tristes, des enfants pas sages. Son sourire figé fendu en yatagan attend. Derrière une porte, dans une penderie, sous un lit, dans l’obscurité il guette. Tremblez, adultes, priez pour vos enfants ! Ceux que vous ne savez pas protéger, ceux que vous n’aimez pas suffisamment. L’inattention n’est pas permise, pas un seul instant. Craignez le bonhomme dans son habit de mort, il cueille les fruits mûrs avant qu’ils ne tombent de l’arbre. Ses longs doigts délicats sauront effeuiller les corps fragiles.

     

    La mort n’emporte pas toutes les fleurs avec elle. La mort n’arrête pas la vie. Au-delà de la mort, le vent chante encore. Les blés mûrissent sous le nez des corbeaux. La dame de cœur donne la vie, caresse les joues de soie, berce dans ses bras de fée et inonde le monde de douceur. Et la lumière résonne entre les feuilles après la pluie. La terre boit la liqueur jusqu’à la lie, l’élixir de vie. Dans les maisons quand vient la nuit, la dame de cœur veille. Elle protège toutes les peaux, les noirs, les blancs, les jaunes, les rouges, les bleus sans petits pois, les chauves, les crépus, ceux qu’on a piqués avec des étoiles jaunes, épinglés, tondus, gazés. La dame de cœur garde les enfants, tous les enfants avec le même amour, la même chanson. Elle fait tomber un édredon de neige sur toutes les peines, toutes les misères. La dame porte le monde sur son sein, dans son cœur, et le monde s’endort fatigué, las d’avoir veillé, fatigué de ses combats. Un petit tas de cendre voilà ce qu’est le monde.

     

    Entre la dame de cœur et le bonhomme sept heures, entre la mort et la naissance, entre la neige et l’oasis, mêlé aux hommes, aux étoiles et aux bêtes, je ne sais plus où je commence. Je ne sais pas où je finis, entre les bras sucrés de l’autre, dans le sac morbide de l’un ? Il se peut que l’un et l’autre soient nécessaires à l’ordonnancement des choses, il se peut que sans l’un l’autre n’existe pas. Il se peut que sans la neige nulle chaleur, sans étoile pas de jour. Je navigue entre les contraires en brave esquif évitant les récifs, avec une certaine foi en l’équilibre, faisant crédit à l’humain au-delà de mes moyens. J’avance, un peu à l’aveuglette, toujours sur le fil avec dans les mains des brassées d’espoir.

     

    Des mots comme des étoiles au fond d’une galaxie. Des mots comme des regards dans une salle obscure. Des mots vacillants, des mots vaillants, évitant le chaos. Mais des mots comme des morts méprisant  le vivant. Des mots à qui l’on fait dire et dire encore. Des mots incantations, des mauvais sorts. Les mots sont des pierres dont on fait les chemins, mais aussi les murs.

     

    Le bonhomme sept heures, quand vient le jour, est un pauvre rebouteux, il guérit les douleurs, remet les os. Au petit soleil du matin, la dame de cœur sert des petits noirs et des crèmes mousseux au comptoir d’un bistrot fétide.

     

    Michèle Menesclou

     

  • Enfants d'Adam

     

     

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    D’une même eau

    Mer des entrailles

    Chacun est sorti

    Expulsé vers le souffle

     

    Le même sang

    Au gout de fer

    Fleuve de vie

    Navigue au cœur

     

    Face semblable

    Visages uniques

    Tournés vers le soleil

    Enfants humains

     

    Couleurs de chair

    Teintes de peau

    Semblables et diverses

    Tous fils d’Adam

     

  • Mais c'est quoi ?

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    J’ai vu des poules armées jusqu’aux dents

    J’ai vu des gendarmes coursés par des voleurs

    J’ai vu le vent filer comme un bas

    J’ai vu des cordes se prendre pour la pluie

    J’ai vu d’autres cordes se pendre de désespoir

    J’ai vu des pendus ne pas valoir la corde à laquelle ils se balancent

    J’ai vu un fil se trouver trop gros ou un allegro qui se défile
    J’ai vu la mer se précipiter sur la grève au grand galop

    A angle vif les nerfs à vif
    Dans un rond de lumière une petite fille seule, immobile

    On a oublié l’innocence c’est le cerveau qui se calcifie

    On a oublié le goût de l’oxygène
    Comme une girouette au sommet de l’Himalaya


    Et le vent se fracasse sur les falaises dans un chant de troubadour
    Les rochers verdissent
    De minéral ils changent de sexe


    Attendons la prochaine lunaison pour nous retrouver
    L’homme est l’étai sous lequel le monde essaye de tenir
    Il succombe à la tentation de la seringue, du gin, du sexe, de l’argent, du pouvoir
    Et tout s’écroule

    Puis se confesse en espérant

    J’ai trouvé dans un cerneau le secret des fourmis
    Le vent est un mélodiste
    Dans des babouches de cuir les pieds désorientés et éreintés s’orientalisent
    Sous le sable d’or dort un trésor


    Michèle Menesclou

  • Bazbaz

  • Transparence

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    Chaque jour possède une couleur, chaque jour reflète une aura, résonne d’une tonalité particulière. Et puis certains jours sont transparents.

    De l’obscurité à la lumière, rien n’est différent. Le trottoir porte mes pas sans même s’en apercevoir, l’air me déplace à peine. Une légèreté absolue m’accompagne qui voisine avec une terrible pesanteur intérieure. Cohabitent le noir et le blanc, l’indicible et le concret.

    Soudain immatérielle, et pourtant physique, temporelle. C’est dans le regard des autres que la transparence est douloureuse, le regard qui transperce sans s’arrêter, sans un accroc ni aux mains, ni à la bouche. Encore moins aux yeux menant vers intérieur, ce qui est le plus secret.

    Ces jours où l’on doit crier pour se faire entendre et où pourtant le silence vient en retour.

    En écho à ma voix, je n’entends que le bourdonnement de la ruche, une ruche active et indifférente, centrée sur elle-même. J’essaye parfois de m’immiscer dans un interstice laissé, par erreur, dans toute cette transparence, mais c’est une gomme puissante. Impalpable, inexistante, intangible je suis pour le monde les jours de transparence.

     

    Michèle Menesclou

  • Araignée et cie présente :

     

    araignee2.jpg

    (à Victoria)


    Une araignée sexy aux fines pattes gainée de bas noirs. Je la regarde sans mes lunettes, je la trouve belle dans mon brouillard, je lui parle, je lui demande pardon de la déranger. Dieu sait quel monstre ce devrait être si vraiment je la voyais !


    araignee.jpg


    Sur la table du salon
    Un millepatte riquiqui
    Danse en rythme au son
    D’un frénétique sirtaki.

     



    Près de la cheminée
    Une gluante limace
    Sur une bûche installée
    Donne un spectacle de grimaces.



    « Bravo, bravo !,
    Du seuil de la maison
    S’écrie l’escargot,
    J’en ai des frissons »


    maringouin.jpg

    Une araignée élégante
    Gainée de bas noirs résille
    Lentement se dégante
    En battant des cils.



    Les fourmis guillerettes
    Forment un bataillon
    Hop ! Quelles majorettes
    Elles lancent leurs bâtons.



    Un grillon prétentieux
    Se prenant pour Bach
    Grésille près du feu
    Des accords qu’il plaque.



    La fine troupe s’éclipse
    Quand soudain approche

    Dans la main du pain d’épices
    L’autre dans sa poche…

    Victoria !

     

    Michèle Menesclou