samedi, 17 mai 2008

La mer tisse

 

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La mer tisse vague après vague
Une toile d’écume bouillonnante
Ouvrière de l’essentiel,
Elle relance sur la grève
Les fils noués patiemment

L’amertume, le chagrin
En flots féconds
Refluent vers l’océan
Et quelques galets gourds
Lisses et policés
Lestent le sable de langueur.

Michèle Menesclou

mercredi, 07 mai 2008

Sans titre de gloire ni décoration

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Il faut ouvrir nos âmes pour qu’elles s’imprègnent des couleurs du monde. Il faut préférer à la foule chantant le bras levé, un enfant dormant les poings fermés. Il faut faire de nos ennemis les alliés de demain en reniant le mépris en tendant les deux mains. Il faut perdre le temps de regarder, de contempler, laisser aux saisons le loisir d’exister. Il faut réhabiliter la lenteur, le droit au retard, revendiquer la possibilité du décalage. Il faut dans le présent chercher la réponse de demain. Il faut voir avec nos mains, nos oreilles, retrouver les instincts. Il faut faire la nique à la camarde. Il faut laisser agir le hasard, il faut laisser agir les regards. Il faut passer sous les ponts comme l’eau et remonter le temps, pour retrouver les petits ruisseaux qui forment les torrents. Il faut laisser aux ciels torpides les oiseaux s’envoler dans des silences de coton. Il faut chercher, dans les nervures des feuilles d’automne, à lire des lignes de vie. Il faut dans le crépuscule de l’hiver voir l’aube du printemps. Il faut savoir être ironique sans être persifleur tout le temps, se moquer sans railler. Il faut écouter la ville et la sentir palpiter, s’en faire une amie et la respirer. Il faut chanceler de bonheur aux échos de SA voix au bout du fil, être dans tous ses états. Il faut savoir détester, crier s’emporter et rire aux éclats de sa stupidité. Il faut imaginer, rêver, croire et tomber sans craindre de ne pouvoir se relever. Et croire encore. Il faut jouer avec les cartes qu’on a en mains, même si ce n’est pas un brelan d’as, ni une paire ni un carré. Il faut mettre le feu aux idées pour en faire des pensées. Il faut, au fond du puits, mettre des lunettes noires pour ne pas avoir peur et y voir clair. Il faut, en pleine lumière, faire face au soleil sans se brûler les yeux. Il faut humblement reconnaître son mérite. Il faut avec fierté exhiber ses faiblesses. Il faut tirer le rideau sur les mauvais souvenirs et se souvenir des après-midi rideaux tirés. Il faut pleurer quand on est triste sans craindre d’être jugé.


Il faut, il faudrait.

 

Michèle Menesclou

mardi, 29 avril 2008

Tablature

 

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dans le noir
faible et timide
balance mon cœur
au bout de tes doigts

cette histoire
bête et sordide
est une erreur
de toi à moi

tu touches
du doigt
le point sensible
dont on ne revient pas 
 

tu couches
toutefois
sur papier combustible
des mots d’émoi de moi

des rangs de perles
des vers à soie
des vers de toi
des mots pour moi


au chant du merle
sur ton toi
sous ton toit
pour quelques mois 
 

du bout des doigts

 

Michèle Meneslou

dimanche, 27 avril 2008

Tristeza

 

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La tristesse est une compagne qui vient avec le vent

Mon cœur demande un peu plus
Peu importe ce qui adviendra

La tristesse est une compagne qui repart avec le temps

Mon cœur demande toujours plus
Peu importe ce qui adviendra

 

© Michèle Menesclou

Larmes

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Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Mes frères, mes doux frères
On n’oublie pas son passé
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Je me souviens de nos projets
Les lumières allumées
Au coin de la rue
Le marchand de journaux
Mes rêves…
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Pas de larmes
Pas de larmes

©Michèle Meneclou

Route –Roots

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(Hommage à Dylan)

Il a laissé la clef sur la porte

Dans les yeux

Seule la route

Jeune pour toujours

Sans âge à compter d’aujourd’hui
Sans vérité, sans religion
Pour seule lumière la route

Jeune pour toujours

Les pieds collés au bitume
Les mains tournées vers le ciel
Il avance à la rencontre des siens

Jeune pour toujours

Il dort sous le bosquet
Mendie dans les fermes
Respire le temps

Jeune pour toujours

Ses pas roulent
Cailloux de vent
Arbre sans racine

Jeune pour toujours

© Michèle Menesclou

Orangeraie

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L’air doux de l’orangeraie
Est comme l’haleine de l’été
Je marche vers ta fraîcheur

Des jours à traverser le désert
J’entre en ton palais
J’y trouve une fontaine de douceur

Laisse-moi m’y reposer
Tout le jour
Je ferai voler les voiles

Laisse-moi m’abandonner
Sur la faïence de tes murs
Je te ferai danser

Lorsque la nuit sera venue
Nous dormirons au creux d’étranges rêves
Où ta rose abandonne ses épines

Et lorsque la nuit sera tombée
J’irai goûter aux fruits sucrés
Dans les allées de l’orangeraie

 

©Michèle Menesclou

mercredi, 23 avril 2008

Fabrique

 

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C’est l’ombre qui s’allonge
C’est la fraîcheur empesée
C’est le bourdonnement
Dans le lointain
De la scierie
 

Les rumeurs de la fabrique

Le va et le vient des camions
L’enlèvement des grumes
Le marmonnement de l’eau
Le grincement des lames

Le soir s’étend lentement
Et les ouvriers émergent
Volée migrante
Vers un sommeil hypnotique
Le cœur en copeaux

Ça sent le bois jusque dans les gamelles
Le bois sommeillant dans la remise
Des rondins, des planches ligneuses
Puis ils s’éloignent
Le noir collé aux pas
Vers demain presque déjà

©Michèle Menesclou

lundi, 21 avril 2008

Dario Moreno

samedi, 19 avril 2008

Riverside

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J’habite de ce côté : vers le sud, là où le soleil charme les voyageurs. Je suis de ce bord, celui où rien ne pousse quand vient la mousson. Ici les femmes sont graciles d’avoir faim, les enfants ont le ventre gros, comme le cœur. Les hommes sont de jeunes vieillards et ne connaissent pas le repos. Dès que la taille de leurs os le leur permet, ils descendent le long de tunnels creusés dans la terre. Ces galeries sont des boyaux si fins que parfois certains galibots restent coincés et meurent étouffés avant qu’on puisse leur porter secours. J’habite un endroit où même la musique des jours de fête est triste et silencieuse. Ici nos pierres brillent de mille éclats mais nous n’en profitons pas. Elles seront mises au cou de précieuses femmes que nous ne verrons jamais. De ce côté du fleuve, nous ne rions pas, notre rive est à l’ombre de la vie. Un jour, un jour comme aujourd’hui, ou demain peut-être, avec pour seul bagage mon bâton, avec pour seule richesse les cals de mes mains, je traverserai le fleuve et j’irai sur cette autre rive, celle où les hommes vivent en humains.

c Michèle Menesclou (Extrait de la Revue DiXit)