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dimanche, 23 mars 2008

Eternité

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Dieu regarda les hommes et s’étonna, Lui qui ne s’étonnait plus de grand-chose : « Je leur ai offert le temps et ils n’ont fait que le partager, le répartir, le diluer, le délayer jusqu’à le perdre ». Et Il s’arrêta car Il manqua de vocabulaire pour formuler Sa pensée, ce qui n’était guère courant parce que les pensées, Il les possédait toutes, quant aux mots, Il avait l’habitude de jongler avec, c’est avec eux qu’il avait créé l’univers entier.

« Je n’ai fait que séparer la nuit du jour, le jour durant entre deux couchers de soleil, eux se sont ingéniés à le couper, le recouper et le découper encore. Je leur ai donné le temps avec la promesse de l’éternité et pourtant ils courent, ils courent les hommes. Ils ne le prennent pas le temps. » 

 Il n’y avait pas vraiment de colère dans Sa voix, mais un peu de ressentiment et beaucoup d’incompréhension.

À ce moment-là, un petit angelot voletant autour du créateur lâcha un vent céleste très parfumé. « Contrôle-toi Éole, s’impatienta Dieu mi-énervé, mi-amusé, tu vois bien que je suis en pleine réflexion ! »

L’ange ajusta son aura et, un peu vexé, s’en alla voler un peu plus loin.

Satan qui ne traînait jamais bien loin de Dieu-le-Père et de ses Elohims s’approcha intrigué. Il y avait bien longtemps qu’il ne l’avait pas vu aussi songeur. « Tiens, dit-il aux diablotins qui l’accompagnaient, le Vieux radote encore ! ». Il s’approcha de quelques années-lumière pour mieux entendre.

« Moi qui ais l’éternité devant moi, reprit Dieu, tous les séraphins et autres  purs esprits qui emplissent notre Eden, savons qu’il est inutile de compter le temps

« Nous en parlons à notre aise, l’interrompit Satan à l’affût. Pour nous le temps est une notion qui se fond dans l’infini, moins on maîtrise et plus on compte. Les hommes sentent les choses leur échapper et tentent de mettre le temps en équation. ». Puis il se mit à rire, à rire à gorge diabolique déployée.

Dieu ne l’entendit pas de cette oreille et demanda :

-C’est de Moi que tu t’amuses ainsi ? 
-Je n’oserais, répondit le maître des abîmes, je ne ris pas de toi, mais des hommes, tu leur as donné le temps et moi je leur ai mis le feu aux fesses !

 

©Michèle Menesclou (Extrait de Contes-minute)

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