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mardi, 15 avril 2008

Un pain d'enfance

 

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Si l’homme était un aliment, il serait le pain. Je suis issue d’une longue lignée d’adorateurs du pain. Lorsque j’étais enfant, s’il n’y avait pas de pain à table, le repas était morose, d’ailleurs, je ne me souviens pas qu’il n’y ait jamais eu de pain. On en achetait deux, un qu’on était sûr de grignoter en le rapportant de chez le boulanger et l’autre qui devait trôner à table. On dit « le pain », mais il y a tellement de différentes sortes de pain. J’avoue que nous avions une préférence très nette pour la baguette parisienne que papa nous rapportait parfois lorsqu’il revenait du travail, notre banlieusard de boulanger ne savait faire que du gros pain honnête et roboratif. Je ne dirai pas la couleur blonde de la croûte, le croustillant, la mie comme une chaire tendre et salée, je ne dirai pas le bien-être provoqué par la satiété à chaque bouchée. Le pain remplit, il emplit l’estomac et diffuse une onde de bonheur dans tout le corps jusqu’au cœur. Chez moi et depuis très petite, j’allais acheter le pain. Maman mettait une grosse pièce de vingt centimes et une plus petite de dix dans une main : « ça c’est pour le pain », dans l’autre elle ajoutait une pièce de dix centimes et en refermant mes petits doigts elle ajoutait « et ça c’est pour toi ». Pour moi ça signifiait une friandise, une boule de coco, un malabar, un serpent de guimauve surmonté d’une vraie bague, une boîte de réglisse en poudre qui faisait tousser, des nounours en chocolat. Mais ma vraie récompense, c’était lorsque je m’asseyais au bord du soupirail, juste là devant l’antre du boulanger et que je le regardais fabriquer son pain, l’allongeant, l’effleurant de son couteau pour entailler la croûte, l’enfournant sur sa longue spatule de bois. Le pain est humain, nous le mangeons comme un frère bienfaisant.

 

Commentaires

Belle chute d'un beau texte : "Le pain est humain, nous le mangeons comme un frère bienfaisant". Bonne soirée Michèle.

Ecrit par : Ile | mardi, 15 avril 2008

Ah le pain, l'odeur de chaleur et de traditions qu'il promène, que tu promènes pour nous
C'est pour cela que j'aime tant le premier sens du mot " compagnon"
Amitiés à toi et à Ile

Ecrit par : colette | mercredi, 16 avril 2008

(J'ai enfin réussi à arriver sur ton blog ! Je n'y parvenais plus...)

J'aime ce texte odoriférant sur le pain

Ecrit par : Lyli | jeudi, 17 avril 2008

Ah mais je vois que vous faites partie de la secte (des adorateurs du pain) ! hihi !
Il fait partie des textes qui avaient été pris en hôtage par Lise...

Ecrit par : Michèle | jeudi, 17 avril 2008

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