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samedi, 19 avril 2008

Riverside

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J’habite de ce côté : vers le sud, là où le soleil charme les voyageurs. Je suis de ce bord, celui où rien ne pousse quand vient la mousson. Ici les femmes sont graciles d’avoir faim, les enfants ont le ventre gros, comme le cœur. Les hommes sont de jeunes vieillards et ne connaissent pas le repos. Dès que la taille de leurs os le leur permet, ils descendent le long de tunnels creusés dans la terre. Ces galeries sont des boyaux si fins que parfois certains galibots restent coincés et meurent étouffés avant qu’on puisse leur porter secours. J’habite un endroit où même la musique des jours de fête est triste et silencieuse. Ici nos pierres brillent de mille éclats mais nous n’en profitons pas. Elles seront mises au cou de précieuses femmes que nous ne verrons jamais. De ce côté du fleuve, nous ne rions pas, notre rive est à l’ombre de la vie. Un jour, un jour comme aujourd’hui, ou demain peut-être, avec pour seul bagage mon bâton, avec pour seule richesse les cals de mes mains, je traverserai le fleuve et j’irai sur cette autre rive, celle où les hommes vivent en humains.

c Michèle Menesclou (Extrait de la Revue DiXit)

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