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mardi, 29 avril 2008
Tablature
dans le noir
faible et timide
balance mon cœur
au bout de tes doigts
cette histoire
bête et sordide
est une erreur
de toi à moi
tu touches
du doigt
le point sensible
dont on ne revient pas
tu couches
toutefois
sur papier combustible
des mots d’émoi de moi
des rangs de perles
des vers à soie
des vers de toi
des mots pour moi
au chant du merle
sur ton toi
sous ton toit
pour quelques mois
du bout des doigts
Michèle Meneslou
19:55 Publié dans Feuillet poétique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie
dimanche, 27 avril 2008
Tristeza

La tristesse est une compagne qui vient avec le vent
Mon cœur demande un peu plus
Peu importe ce qui adviendra
La tristesse est une compagne qui repart avec le temps
Mon cœur demande toujours plus
Peu importe ce qui adviendra
© Michèle Menesclou
18:21 Publié dans Feuillet poétique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Larmes

Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Mes frères, mes doux frères
On n’oublie pas son passé
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Je me souviens de nos projets
Les lumières allumées
Au coin de la rue
Le marchand de journaux
Mes rêves…
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Pas de larmes
Pas de larmes
©Michèle Meneclou
18:00 Publié dans Feuillet poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie
Route –Roots
Il a laissé la clef sur la porte
Dans les yeux
Seule la routeJeune pour toujours
Sans âge à compter d’aujourd’hui
Sans vérité, sans religion
Pour seule lumière la route
Jeune pour toujours
Les pieds collés au bitume
Les mains tournées vers le ciel
Il avance à la rencontre des siens
Jeune pour toujours
Il dort sous le bosquet
Mendie dans les fermes
Respire le temps
Jeune pour toujours
Ses pas roulent
Cailloux de vent
Arbre sans racine
Jeune pour toujours
© Michèle Menesclou
17:50 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Orangeraie
Est comme l’haleine de l’été
Je marche vers ta fraîcheur
Des jours à traverser le désert
J’entre en ton palais
J’y trouve une fontaine de douceur
Laisse-moi m’y reposer
Tout le jour
Je ferai voler les voiles
Laisse-moi m’abandonner
Sur la faïence de tes murs
Je te ferai danser
Lorsque la nuit sera venue
Nous dormirons au creux d’étranges rêves
Où ta rose abandonne ses épines
Et lorsque la nuit sera tombée
J’irai goûter aux fruits sucrés
Dans les allées de l’orangeraie
©Michèle Menesclou
17:27 Publié dans Feuillet poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie
mercredi, 23 avril 2008
Fabrique
C’est l’ombre qui s’allonge
C’est la fraîcheur empesée
C’est le bourdonnement
Dans le lointain
De la scierie
Les rumeurs de la fabrique
Le va et le vient des camions
L’enlèvement des grumes
Le marmonnement de l’eau
Le grincement des lames
Le soir s’étend lentement
Et les ouvriers émergent
Volée migrante
Vers un sommeil hypnotique
Le cœur en copeaux
Ça sent le bois jusque dans les gamelles
Le bois sommeillant dans la remise
Des rondins, des planches ligneuses
Puis ils s’éloignent
Le noir collé aux pas
Vers demain presque déjà
18:29 Publié dans Feuillet poétique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie
lundi, 21 avril 2008
Dario Moreno
22:40 Publié dans Good Vibrations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moreno
samedi, 19 avril 2008
Riverside
J’habite de ce côté : vers le sud, là où le soleil charme les voyageurs. Je suis de ce bord, celui où rien ne pousse quand vient la mousson. Ici les femmes sont graciles d’avoir faim, les enfants ont le ventre gros, comme le cœur. Les hommes sont de jeunes vieillards et ne connaissent pas le repos. Dès que la taille de leurs os le leur permet, ils descendent le long de tunnels creusés dans la terre. Ces galeries sont des boyaux si fins que parfois certains galibots restent coincés et meurent étouffés avant qu’on puisse leur porter secours. J’habite un endroit où même la musique des jours de fête est triste et silencieuse. Ici nos pierres brillent de mille éclats mais nous n’en profitons pas. Elles seront mises au cou de précieuses femmes que nous ne verrons jamais. De ce côté du fleuve, nous ne rions pas, notre rive est à l’ombre de la vie. Un jour, un jour comme aujourd’hui, ou demain peut-être, avec pour seul bagage mon bâton, avec pour seule richesse les cals de mes mains, je traverserai le fleuve et j’irai sur cette autre rive, celle où les hommes vivent en humains.
c Michèle Menesclou (Extrait de la Revue DiXit)
17:18 Publié dans Le fleuve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle
mardi, 15 avril 2008
Un pain d'enfance
Si l’homme était un aliment, il serait le pain. Je suis issue d’une longue lignée d’adorateurs du pain. Lorsque j’étais enfant, s’il n’y avait pas de pain à table, le repas était morose, d’ailleurs, je ne me souviens pas qu’il n’y ait jamais eu de pain. On en achetait deux, un qu’on était sûr de grignoter en le rapportant de chez le boulanger et l’autre qui devait trôner à table. On dit « le pain », mais il y a tellement de différentes sortes de pain. J’avoue que nous avions une préférence très nette pour la baguette parisienne que papa nous rapportait parfois lorsqu’il revenait du travail, notre banlieusard de boulanger ne savait faire que du gros pain honnête et roboratif. Je ne dirai pas la couleur blonde de la croûte, le croustillant, la mie comme une chaire tendre et salée, je ne dirai pas le bien-être provoqué par la satiété à chaque bouchée. Le pain remplit, il emplit l’estomac et diffuse une onde de bonheur dans tout le corps jusqu’au cœur. Chez moi et depuis très petite, j’allais acheter le pain. Maman mettait une grosse pièce de vingt centimes et une plus petite de dix dans une main : « ça c’est pour le pain », dans l’autre elle ajoutait une pièce de dix centimes et en refermant mes petits doigts elle ajoutait « et ça c’est pour toi ». Pour moi ça signifiait une friandise, une boule de coco, un malabar, un serpent de guimauve surmonté d’une vraie bague, une boîte de réglisse en poudre qui faisait tousser, des nounours en chocolat. Mais ma vraie récompense, c’était lorsque je m’asseyais au bord du soupirail, juste là devant l’antre du boulanger et que je le regardais fabriquer son pain, l’allongeant, l’effleurant de son couteau pour entailler la croûte, l’enfournant sur sa longue spatule de bois. Le pain est humain, nous le mangeons comme un frère bienfaisant.
17:07 Publié dans Les petits papiers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle
samedi, 12 avril 2008
Le blues de la caissière du Franprix
C’est samedi soir, il est 19 heures 30, le Franprix va fermer ses portes. Les derniers clients se bousculent vers les caisses, le jeune bobo, sa bouteille de rouge à la main, étiquette prestigieuse, la mère de famille qui a oublié d’acheter sa brique de lait, un pauvre type dépenaillé qui tient fermement un saucisson d’une main et une boîte de haricots cuisinés de l’autre. Ce n’est plus l’heure des « gros caddys », ceux remplis à ras bord : les caddys de la femme pressée qui fait le plein pour sa semaine. Les attardés, ceux qui ont oublié le pain, le morceau de fromage, un tube de dentifrice, une bouteille de « Four Roses » ou les biscuits apéritifs pour les copains qui ont prévenu à la dernière minute de leur venue, ce sont eux qui font la fermeture.
Elle est derrière sa caisse, toute la journée, elle a entendu le « bip » mille fois répété de l’article passé sur le lecteur de codes barres. Sa tête résonne comme une cloche –bip, bip- ses pieds sont gonflés à force d’être restée debout à recharger les rayons, ses yeux sont rouges sous les néons violents du plafonnier, elle en a dit des « bonjour », des « merci », elle en a fait des sourires, elle en a donné des prix, des renseignements sur la provenance des avocats, la contenance des cageots de clémentines. Elle est vidée la caissière, éreintée, elle n’a pas eu le temps de penser aujourd’hui, et c’est tant mieux ! Elle a recommencé des centaines de fois les mêmes gestes mécaniques, son esprit est resté en stand-by, ses yeux ont regardé sans voir, elle a entendu sans vraiment écouter, ses mains ont travaillé pour elle sans rien demander à personne. Ce soir elle est vidée, en retirant sa blouse ce soir elle réalise qu’elle n’a pas pensé de la journée. Pendant que Djamel baisse le rideau de fer dans un bruit d’apocalypse, sa mémoire se remet à fonctionner et son cœur se serre, ses yeux se cernent brutalement, sa bouche pâteuse réussi juste à dire : « ‘soir », elle enfile son blouson change ses ballerines pour des santiags et déguerpit.
Dehors, il fait déjà nuit et elle n’a rien vu de la journée : « tiens, il a plu », elle se dit en regardant le trottoir miroir. Il faisait déjà nuit quand elle est rentrée dans le magasin ce matin, il était 8 heures. La pellicule a défilé sans elle. Elle file comme un bas, d’un pas pressé et s’enfonce dans la bouche du métro, ça sent la pisse, la sueur, les parfums, c’est l’haleine du métro. Ça se bouscule là-dedans, ça se presse, c’est samedi soir, ça rigole, ça se palpe, ça se renifle, ça se regarde dans les portières, ça lit, calé sur les strapontins, ça met les pieds sur les banquettes, ça regarde le plan, ça évalue le nombre de stations qui restent, ça pique les porte-monnaie, ça pique un roupillon, ça fait la manche, ça fait le spectacle, ça joue de la guitare, ça chante : « Les amants de saint jean », et la rame traverse des tunnels obscurs, Dubo, Dubon, Dubonnet… Quand la lumière revient, les portes s’ouvrent et le flux se déverse et un autre paquet d’âmes apparaît. Elle a le blues la caissière du Franprix. Ce soir les métro peuvent bien caramboler, elle s’en fiche, elle a le blues la caissière du Franprix. Elle s’appuie contre le carreau crasseux et se prend à rêver, c’est pas parce qu’on n’en a pas les moyens qu’on ne peux pas rêver. Elle aimerait passer un samedi tout entier, serrée-collée contre son « petit loup », à danser en amoureux devant la fenêtre de sa chambre au dernier étage de l’immeuble miteux dans lequel elle loge. Oui, une danse en amoureux sur « How deep is the ocean », le piano leur mettrait des étoiles dans les yeux. Alors, le ciel serait bleu comme sous les tropiques, le plafonnier serait leur soleil, elle enverrait bouler la caisse, les étiquettes et le tapis roulant où se déverse toute cette nourriture qui lui file la nausée. Tout nus, ils se rouleraient sur le tapis turc et s’aimeraient tout le samedi.
17:47 Publié dans Les petits papiers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle


















