« 2008-03 | Page d'accueil | 2008-05 »

mardi, 29 avril 2008

Tablature

 

 1785700465.jpg

dans le noir
faible et timide
balance mon cœur
au bout de tes doigts

cette histoire
bête et sordide
est une erreur
de toi à moi

tu touches
du doigt
le point sensible
dont on ne revient pas 
 

tu couches
toutefois
sur papier combustible
des mots d’émoi de moi

des rangs de perles
des vers à soie
des vers de toi
des mots pour moi


au chant du merle
sur ton toi
sous ton toit
pour quelques mois 
 

du bout des doigts

 

Michèle Meneslou

dimanche, 27 avril 2008

Tristeza

 

405852408.jpg

 

La tristesse est une compagne qui vient avec le vent

Mon cœur demande un peu plus
Peu importe ce qui adviendra

La tristesse est une compagne qui repart avec le temps

Mon cœur demande toujours plus
Peu importe ce qui adviendra

 

© Michèle Menesclou

Larmes

 1520551675.jpg

 

Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Mes frères, mes doux frères
On n’oublie pas son passé
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Je me souviens de nos projets
Les lumières allumées
Au coin de la rue
Le marchand de journaux
Mes rêves…
Les femmes ne pleurent pas
Disait papa
Pas de larmes
Pas de larmes

©Michèle Meneclou

Route –Roots

1997788991.jpg
(Hommage à Dylan)

Il a laissé la clef sur la porte

Dans les yeux

Seule la route

Jeune pour toujours

Sans âge à compter d’aujourd’hui
Sans vérité, sans religion
Pour seule lumière la route

Jeune pour toujours

Les pieds collés au bitume
Les mains tournées vers le ciel
Il avance à la rencontre des siens

Jeune pour toujours

Il dort sous le bosquet
Mendie dans les fermes
Respire le temps

Jeune pour toujours

Ses pas roulent
Cailloux de vent
Arbre sans racine

Jeune pour toujours

© Michèle Menesclou

Orangeraie

2083164702.JPG

L’air doux de l’orangeraie
Est comme l’haleine de l’été
Je marche vers ta fraîcheur

Des jours à traverser le désert
J’entre en ton palais
J’y trouve une fontaine de douceur

Laisse-moi m’y reposer
Tout le jour
Je ferai voler les voiles

Laisse-moi m’abandonner
Sur la faïence de tes murs
Je te ferai danser

Lorsque la nuit sera venue
Nous dormirons au creux d’étranges rêves
Où ta rose abandonne ses épines

Et lorsque la nuit sera tombée
J’irai goûter aux fruits sucrés
Dans les allées de l’orangeraie

 

©Michèle Menesclou

mercredi, 23 avril 2008

Fabrique

 

1564025066.jpg

 

C’est l’ombre qui s’allonge
C’est la fraîcheur empesée
C’est le bourdonnement
Dans le lointain
De la scierie
 

Les rumeurs de la fabrique

Le va et le vient des camions
L’enlèvement des grumes
Le marmonnement de l’eau
Le grincement des lames

Le soir s’étend lentement
Et les ouvriers émergent
Volée migrante
Vers un sommeil hypnotique
Le cœur en copeaux

Ça sent le bois jusque dans les gamelles
Le bois sommeillant dans la remise
Des rondins, des planches ligneuses
Puis ils s’éloignent
Le noir collé aux pas
Vers demain presque déjà

©Michèle Menesclou

lundi, 21 avril 2008

Dario Moreno

samedi, 19 avril 2008

Riverside

621003438.JPG

J’habite de ce côté : vers le sud, là où le soleil charme les voyageurs. Je suis de ce bord, celui où rien ne pousse quand vient la mousson. Ici les femmes sont graciles d’avoir faim, les enfants ont le ventre gros, comme le cœur. Les hommes sont de jeunes vieillards et ne connaissent pas le repos. Dès que la taille de leurs os le leur permet, ils descendent le long de tunnels creusés dans la terre. Ces galeries sont des boyaux si fins que parfois certains galibots restent coincés et meurent étouffés avant qu’on puisse leur porter secours. J’habite un endroit où même la musique des jours de fête est triste et silencieuse. Ici nos pierres brillent de mille éclats mais nous n’en profitons pas. Elles seront mises au cou de précieuses femmes que nous ne verrons jamais. De ce côté du fleuve, nous ne rions pas, notre rive est à l’ombre de la vie. Un jour, un jour comme aujourd’hui, ou demain peut-être, avec pour seul bagage mon bâton, avec pour seule richesse les cals de mes mains, je traverserai le fleuve et j’irai sur cette autre rive, celle où les hommes vivent en humains.

c Michèle Menesclou (Extrait de la Revue DiXit)

mardi, 15 avril 2008

Un pain d'enfance

 

336496096.jpg
Si l’homme était un aliment, il serait le pain. Je suis issue d’une longue lignée d’adorateurs du pain. Lorsque j’étais enfant, s’il n’y avait pas de pain à table, le repas était morose, d’ailleurs, je ne me souviens pas qu’il n’y ait jamais eu de pain. On en achetait deux, un qu’on était sûr de grignoter en le rapportant de chez le boulanger et l’autre qui devait trôner à table. On dit « le pain », mais il y a tellement de différentes sortes de pain. J’avoue que nous avions une préférence très nette pour la baguette parisienne que papa nous rapportait parfois lorsqu’il revenait du travail, notre banlieusard de boulanger ne savait faire que du gros pain honnête et roboratif. Je ne dirai pas la couleur blonde de la croûte, le croustillant, la mie comme une chaire tendre et salée, je ne dirai pas le bien-être provoqué par la satiété à chaque bouchée. Le pain remplit, il emplit l’estomac et diffuse une onde de bonheur dans tout le corps jusqu’au cœur. Chez moi et depuis très petite, j’allais acheter le pain. Maman mettait une grosse pièce de vingt centimes et une plus petite de dix dans une main : « ça c’est pour le pain », dans l’autre elle ajoutait une pièce de dix centimes et en refermant mes petits doigts elle ajoutait « et ça c’est pour toi ». Pour moi ça signifiait une friandise, une boule de coco, un malabar, un serpent de guimauve surmonté d’une vraie bague, une boîte de réglisse en poudre qui faisait tousser, des nounours en chocolat. Mais ma vraie récompense, c’était lorsque je m’asseyais au bord du soupirail, juste là devant l’antre du boulanger et que je le regardais fabriquer son pain, l’allongeant, l’effleurant de son couteau pour entailler la croûte, l’enfournant sur sa longue spatule de bois. Le pain est humain, nous le mangeons comme un frère bienfaisant.

 

samedi, 12 avril 2008

Le blues de la caissière du Franprix

 

 

1140404636.jpg
C’est samedi soir, il est 19 heures 30, le Franprix va fermer ses portes. Les derniers clients se bousculent vers les caisses, le jeune bobo, sa bouteille de rouge à la main, étiquette prestigieuse, la mère de famille qui a oublié d’acheter sa brique de lait, un pauvre type dépenaillé qui tient fermement  un saucisson d’une main et une boîte de haricots cuisinés de l’autre. Ce n’est plus l’heure des « gros caddys », ceux remplis à ras bord : les caddys de la femme pressée qui fait le plein pour sa semaine. Les attardés, ceux qui ont oublié le pain, le morceau de fromage, un tube de dentifrice, une bouteille de « Four Roses » ou les biscuits apéritifs pour les copains qui ont prévenu à la dernière minute de leur venue, ce sont eux qui font la fermeture.

Elle est derrière sa caisse, toute la journée, elle a entendu le « bip » mille fois répété de l’article passé sur le lecteur de codes barres. Sa tête résonne comme une cloche –bip, bip-  ses pieds sont gonflés à force d’être restée debout à recharger les rayons, ses yeux sont rouges sous les néons violents du plafonnier, elle en a dit des « bonjour », des « merci », elle en a fait des sourires, elle en a donné des prix, des renseignements sur la provenance des avocats, la contenance des cageots de clémentines. Elle est vidée la caissière, éreintée, elle n’a pas eu le temps de penser aujourd’hui, et c’est tant mieux !  Elle a recommencé des centaines de fois les mêmes gestes mécaniques, son esprit est resté en stand-by, ses yeux ont regardé sans voir, elle a entendu sans vraiment écouter, ses mains ont travaillé pour elle sans rien demander à personne. Ce soir elle est vidée, en retirant sa blouse ce soir elle réalise qu’elle n’a pas pensé de la journée. Pendant que Djamel baisse le rideau de fer dans un bruit d’apocalypse, sa mémoire se remet à fonctionner et son cœur se serre, ses yeux se cernent brutalement, sa bouche pâteuse réussi juste à dire : « ‘soir », elle enfile son blouson change ses ballerines pour des santiags et déguerpit.
Dehors, il fait déjà nuit et elle n’a rien vu de la journée : « tiens, il a plu », elle se dit en regardant le trottoir miroir. Il faisait déjà nuit quand elle est rentrée dans le magasin ce matin, il était 8 heures. La pellicule a défilé sans elle. Elle file comme un bas, d’un pas pressé et s’enfonce dans la bouche du métro, ça sent la pisse, la sueur, les parfums, c’est l’haleine du métro. Ça se bouscule là-dedans, ça se presse, c’est samedi soir, ça rigole, ça se palpe, ça se renifle, ça se regarde dans les portières, ça lit, calé sur les strapontins, ça met les pieds sur les banquettes, ça regarde le plan, ça évalue le nombre de stations qui restent, ça pique les porte-monnaie, ça pique un roupillon, ça fait la manche, ça fait le spectacle, ça joue de la guitare, ça chante : « Les amants de saint jean », et la rame traverse des tunnels obscurs, Dubo, Dubon, Dubonnet… Quand la lumière revient, les portes s’ouvrent et le flux se déverse et un autre paquet d’âmes apparaît. Elle a le blues la caissière du Franprix. Ce soir les métro peuvent bien caramboler, elle s’en fiche, elle a le blues la caissière du Franprix. Elle s’appuie contre le carreau crasseux et se prend à rêver, c’est pas parce qu’on n’en a pas les moyens qu’on ne peux pas rêver. Elle aimerait passer un samedi tout entier, serrée-collée contre son « petit loup », à danser en amoureux devant la fenêtre de sa chambre au dernier étage de l’immeuble miteux dans lequel elle loge. Oui, une danse en amoureux sur « How deep is the ocean », le piano leur mettrait des étoiles dans les yeux. Alors, le ciel serait bleu comme sous les tropiques, le plafonnier serait leur soleil, elle enverrait bouler la caisse, les étiquettes et le tapis roulant où se déverse toute cette nourriture qui lui file la nausée. Tout nus, ils se rouleraient sur le tapis turc et s’aimeraient tout le samedi.

Mais voilà, elle a le blues ce soir la petite caissière du Franprix ce soir et tous les autres soirs, son petit loup est parti avec une caissière plus jolie.

©Michèle Menesclou

 

Toutes les notes