dimanche, 23 mars 2008
E. M. Cioran
19:18 Publié dans Colophon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cioran, ébauches du vertige
lundi, 10 mars 2008
Borges
L’immortel
Partis d’Arsinoé, nous avons pénétré dans le désert embrasé. Nous avons traversé le pays des Troglodytes, qui dévorent des serpents et manquent de l’usage de la parole ; celui des Garamantes, qui ont leurs femmes en commun et qui se nourrissent de la chair des lions ; celui des Augiles, qui vénèrent seulement le Tartare. Nous avons fatigué d’autres déserts, où le sable est noir, où le voyageur doit usurper les heures de la nuit car la ferveur du jour est intolérable.
Jorge Luis Borges – L’aleph
19:31 Publié dans Colophon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : borges, l'aleph, littérature
samedi, 26 janvier 2008
Petit matin
Depuis ce matin, c’est officiel : le soleil se lève plus tôt. La lumière nous surprend, nous étonne, nous réjouit.
J’habite entre deux écoles. Une école primaire, qu’autrefois on appelait la communale et une école maternelle, la mal nommée puisqu’elle consiste à séparer de leur mère, des petits « veaux » auxquels on vient juste de retirer le téton de la bouche. Une bouche tendre et il y a si peu encore édentée.
Ils arrivent de partout, c’est une humanité miniature. Cet « avenir » en baskets déboule du carrefour emmitouflé, chapeauté, encagoulé, ganté. La policière raide dans son gilet jaune phosphorescent arrête les voitures avec l’autorité que lui confère son sifflet et laisse passer ce banc de sardines bifluoré.
Les plus pressés des parents expulsent leurs rejetons des voitures, ils ouvrent la portière de l’intérieur et envoient à leurs minots des baisers sincères mais pressés. D’autres géniteurs accompagnent jusqu’à la porte de l’école, sur le pas de la promenade. Certains lâchent la main au coin de la rue et regardent leur « chérubin » s’éloigner dans la brume.
Ce matin, trois petits se tenant par la menotte chantaient en chœur : « une souris verte qui courait dans l’herbe… » Comme maman était heureuse ! Quelques papas chahutent. Des matrones se retrouvent sur le trottoir et discutent le bout de gras. Elles battent la semelle mais elles aiment ça, c’est leur petit rituel du matin. On compare sa progéniture à celle de la voisine, on partage les conseils, les trucs, les recettes…
Un petit de la grande école – il doit être au CP – marche seul, un peu débraillé, manteau ouvert, lacets défaits. Il regarde dans le vague devant lui mais ne voit rien, il semble encore vivre ses chimères de la nuit, ses luttes contre le monstre de l'obscurité.
Un sac à dos sur le devant, un sac de gym dans le dos, une petite blondinette, presque une jeune fille, court en se dandinant pour rattraper une copine au coin de la rue.
Le matin, petits ou grands, nous sommes les flèches tirées d’un arc imaginaire. Nous suivons la même trajectoire nous menant vers le même lieu. On connaît par cœur les pas, les rues où ils nous mènent, les défauts de la chaussée, le nombre d’arbres, de poteaux, de trottoirs à descendre ou à monter, la durée d’un feu rouge, le temps qu’il faut pour le passer.
Un petit, un tout petit, le dernier de la couvée, le plus jeune de tous, fragile et tendre, tient la main de son papa comme le naufragé attrape sa planche de salut. Il doit avoir quatre ans tout mouillé. Le papa tient un cartable, le petit un sac à dos minuscule :
-Ouinnnn ! Papa, je ne veux pas aller à l’école.
Sa voix est si pâle dans la fraîcheur du matin.
-On ne va pas à l’école, dit le papa.
Plein d’espoir et presque reconnaissant, l’enfant reprend :
-Ah ? On va à la voiture ? On part se promener ? Tu m’emmènes à ton travail ?
-Mais non, je plaisante, dit le cruel papa, tu vas à l’école !
-Ouinnnnn ! Tu me fais pas rire papa, ouinnnn !Et ainsi va le matin.
19:55 Publié dans Colophon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
samedi, 05 janvier 2008
Mon pote Miguel

Tu te souviens Miguel ces heures autour d’un café, d’un seul c’était déjà bien assez. Les Camel ou les Gauloises grillaient dans les cendriers. Tu te le rappelles Miguel, les envies de révolutions, les essais de clandestinité, les complots, les secrets. Tu avais connu l'homme qui avait vu l'homme qui avait vu l'homme... Et surtout l’envie de rire. Hein Miguel, l’envie de rire ? Au fond, on ne se prenait pas au séieux. Sur les bancs publics on se moquait des pigeons, le nez planté au ciel on laissait filer le temps, notre unique monnaie. Les poches trouées, Miguel, qu’est-ce qu’on était bien, on se faisait d’un macdo un festin. On déliait les cordons de nos bourses que nous avions maigres pour se faire une toile, parce que ça c’était sacré, hein Miguel, le cinoche : La grande bouffe, Little big man ou Le lauréat. Notre vrai luxe. Le ciné à 5 francs le dimanche matin sur les Champs Elysées : Blow up ou Amadeus. Et ce soir de février où, comme ça pour rigoler quelqu'un à lancé "Et si on se faisait un porno ?" On a traîné du côté de la rue d'Amsterdam pour regarder les séances avec tous les potes, et on était un paquet ! Souviens-toi, l’ouvreuse nous a lancé un regard torve parce qu’à huit on lui avait rien laissé. Le fou rire ce film ! Je me souviens encore du titre : La rabatteuse, on n'a pas attendu la fin et on est allé s’en griller une sur le trottoir, finalement tous un peu gênés. Tu te souviens Miguel les nuits de galère à traverser Paris à pieds, le dernier métro nous était passé sous le nez. Les discussions, les confidences sur nos peines d’amour respectives, l’amitié quoi, Miguel, l’amitié.
Ton visage avec le temps c’est un peu effacé, mais il me reste le son de ta voix, les éclats de ton rire, dans le creux de mon oreille, là où bien souvent tu as laissé quelques aveux.
M.Menesclou
15:30 Publié dans Colophon | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
vendredi, 28 décembre 2007
Luciano Bolis - Le grain de sable
Mon grain de sable
Éd. 10/18 Domaine étranger
Titre original : Il mio granello di sabbia – Traduit de l’italien par Monique Baccelli
© Giulio Einaudi editore, 1946
Quatrième de couverture -
« C’est un texte extraordinaire, un peu comme si Jean Moulin avait échappé à Barbie et nous avait laissé le témoignage de ses tortures et de sa tentative de suicide. Bolis était un des chefs de la Résistance à Gênes, il a été arrêté en février 45 par des fascistes aux abois enragés par leur proche défaite. Bolis n’est pas identifié, mais on se doute de l’importance de la prise : après les sévices habituels, Bolis, pris en mains par le chef des tortionnaires, ne parle pas. Mais, jour après jour, les tortures deviennent plus raffinées ; à demi mort, il craint toujours de craquer et il décide de se suicider avec une lame de rasoir qu’il a camouflée. Le récit devient alors insoutenable, mais il faut le soutenir, il faut lire ces pages, non par voyeurisme sadique, mais pour aller au bout de l’expérience de vie, pour tirer la leçon de ce supplice que s’inflige Bolis : faire ce qu’aucune bête n’aurait fait, comme dit Saint-Ex à propos de Guillaumet naufragé dans les Andes. »
Michel Polac, Charlie Hebdo
L’auteur -
Né à Milan en 1918 dans un milieu bourgeois, Luciano Bolis prend courageusement position contre les convictions fascistes de ses parents, entraînant avec lui ses deux frères dans les rangs de la Résistance. Étudiant en littérature et en philosophie, sportif accompli, il saura mobiliser – lors de son arrestation par des Chemises noires – des ressources exceptionnelles de résistance physique et morale. Après la guerre, il sera un militant actif de la construction européenne. Luciano Bolis est mort en 1993.
Ma lecture –
Un livre bouleversant. Un témoignage lucide sur la cruauté : jusqu’où peuvent aller les hommes, y a-t-il une limite autre que la mise à mort ?
Sans pathos, avec juste ce qu’il faut de recul (de la même façon qu’a livré son récit Primo Lévy son compatriote), Bolis qui ne se considère pas comme un héros fait le récit de sa capture et de ces jours d’emprisonnement et de torture entre les mains des Brigades noires. Au moment où il va être pris en mains par le plus terrible des bourreaux, il prend la décision de mettre fin à ses jours, mais même la mort ne veut pas de lui…
17:11 Publié dans Colophon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
















