dimanche, 17 mai 2009

Mafia Vodka

 


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-Non !

-Et pourquoi non ?

-Parce que tu m’exaspères !

-Tiens, voilà un argument en béton !

-Écoute, arrête ! Tu m’exaspères, tu m’e-xa-spères, tu comprends ? Qu’est-ce qui t’échappe dans le mot « non » ? Le principe de la négation ? Tu veux que je te l’écrive ? Que je te fasse un dessin ? Que je t’explique sa fonction grammaticale ?


Il est sorti en claquant la porte. Pour lui, c’était elle la plus exaspérante des deux. Pour la énième fois elle avait refusé de lui prêter de l’argent. Ça allait se payer, tout se paie dans la vie !


« Petit con ! Il va me bousiller la porte. »

La teinture posée sur sa chevelure, elle s’observait dans le grand miroir du salon. Ah, la cruauté de ces glaces sans âme ! De vraies putes ! Elles regardent et renvoient les images de tout le monde et de n’importe qui avec une belle indifférence ! Elle ne pouvait pas le nier, son visage avait quelque chose de tordu, comme si toute la partie droite tombait, s’affaissait en boule de cire fondue !

Elle trouvait qu’il exagérait vraiment ce frère immature et inconscient. Il venait de lui faire le coup de la mafia russe le pourchassant. Mafia qui menaçait de lui couper la main gauche et le pied droit, - pour équilibrer, ils avaient dit. De plus, il savait bien qu’il ne fallait rien lui demander lorsqu’elle faisait « sa couleur » !

Elle, autrement dit « la grande sœur », en avait assez de ses magouilles, de ses lourdes pertes au jeu, ses dépenses somptuaires dès qu’il était amoureux ! Et quand il n’avait plus un rond, il s’adressait à qui ce grand benêt de Frédéric ? À leurs parents ? À ses si chers amis ? Non, il allait directement, et sans passer par la case « départ », voir sa grande sœur Gisèle.

Sa vie à elle ? D’une tranquillité, d’un calme, d’un ennui ! Vie qui contrastait violemment avec celle de bâton de chaise de son frère. Mais là, c’était trop, la coupe était pleine. Elle s’était laisser abuser jusqu’à aujourd’hui, par faiblesse, fini !

Le minuteur couina pour indiquer que le temps de pause était achevé, mais elle avait du mal à détourner son regard du reflet que lui renvoyait le maudit miroir. Qu’avait donc son visage ? Ses traits n’étaient pas extrêmement réguliers ni beaux, mais là elle se trouvait carrément moche. Elle se rinça les cheveux abondamment, fit un shampoing appliqué, enveloppa ses cheveux fraichement teints dans une serviette et se réinstalla devant le miroir : « Mais c’est quoi cette tête ? C’est pathétique ! ». Elle se trouvait moche, mais très moche, ses sourcils étaient épais, son nez enflé, un léger duvet au-dessus de la lèvre - auquel elle n’avait jamais fait attention - s’imposait. Gisèle ouvrit la serviette qui retenait ses cheveux : « Nom de nom ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ». La teinte n’était pas du tout celle escomptée, sa chevelure dense arborait un jaune pisseux. Elle se précipita dans sa chambre et se regarda dans la psyché. Elle lui renvoya une image encore plus pitoyable que le miroir de la salle de bain. Gisèle n’avait jamais été vraiment belle, mais là ! Elle tenta de sourire, mais on sentait dans ce rictus la volonté farouche de ses traits de lutter contre l’apesanteur. Avec ses yeux de cocker, elle aurait fait pleurer mère Térésa ! Comme pour conjurer cette soudaine prise de conscience d’une laideur inconnue, elle couvrit son visage d’un masque à l’argile.

Et tandis qu’elle s’abimait dans des océans de contemplation désespérée, le téléphone sonna. Elle n’entendit même pas la première sonnerie. Ce n’est qu’à la quatrième qu’elle réagit. Comme le masque de boue verte qu’elle venait de s’appliquer commençait à durcir, elle eut un mal fou à prononcer un allo convenable.

-…lo ?

-Pas trrrop tôt ! Gisèle Lepoix ?

-hummm…

-Ici la mafia rrrusse.

-…

-Écoutez-moi bien : si vous ne nous remettez pas la somme de 50 000 €, nous exécutons Frrrédérrric Lepoix. C’est bien votre frrrèrrre ?

C’était une voix légèrement voilée, relevée d’un accent étrange entre …. l’espagnol et le… russe !

-Merde la boue a éclaté ! C’est malin ! Arrête tes conneries Frédo, je t’ai déjà dit que je ne te prêterai pas cet argent…

-Écoute ma poule, tu fais ce que tu veux avec ta boue, mais moi je ne plaisante pas ! Ton frrrèrrrot, il est là juste à côté de moi et lui non plus il n’est pas en trrrain de rrrigoler. Tu veux que je te montrrre ?


Il y eut un blanc suivi d’un cri terrifiant. L’homme reprit le combiné :

-Alors la grrreluche, tu as entendu ton frrrangin comme il chante bien ? Tiens, je te le passe, il va te dirrre…

-Gisou, par pitié, Gisou, fais ce qu’ils te demandent, si tu savais ce qu’ils viennent de me…

-Ça y est ? Convaincue ? avait repris la voix. Bon, je te rrrappelle pour te donner mes orrrdrrres.


La « mafia russe » raccrocha et Gisèle, tremblante s’assit sur une bergère, des plaques d’argile trop sèche se détachaient de son visage. Ça ne se voyait pas comme ça, mais Gisèle était livide.

Elle se débarbouilla en vitesse et s’habilla promptement. On ne sait jamais, et si tout cela était vrai, Fredo était assez stupide pour se fourrer dans des embrouilles invraisemblables. Nerveuse, elle prit en main le téléphone, de manière à l’avoir en permanence près d’elle au cas où. Elle se dit que ses considérations de tantôt sur son physique ingrat étaient des futilités au regard des événements actuels. Au fond d’elle et sans se l’avouer vraiment, elle se sentait excitée et était un peu reconnaissante à son petit frère de lui faire (enfin) vivre une aventure, quelque chose de palpitant dans sa vie de pauvre cloche moche et sans intérêt.

Le téléphone ringa (le mot n’existe pas, mais elle le trouva beau). La même voix voilée.

-Alorrrs la sista’, on est davantage en condition pour écouter les miennes ?


Le type rigola franchement de son bon mot. « Tant mieux, se dit Gisèle, un homme qui rit est un homme qui n’a pas de mauvaises intentions. » Elle se rassurait comme elle pouvait.

-Laissez mon frère tranquille, s’entendit-elle dire d’une voix un peu chevrotante.

-C’est ça ! Et sinon quoi ? Tu vas le dirrre à la maîtrrresse ? Écoute poufiasse, voilà comment J’AI décidé que ça allait se passer. Tu connais ce bistrrrot « Le Narval » à l’angle de la rrrue des Voiles et du boulevarrrd Serrrgent ?

-Heu oui, je vois…

-Tu descendrrras dans les chiottes, ce soirrr à 18 h tapantes, tu m’entends bien ? Tapantes j’ai dit et tu déposerrras les biftons dans le cabinet du milieu, sous la cuvette. T’as tout bien comprrris petite babouchka ?

-Oui j’ai tout bien compris, mais je trouve que pour un russe vous avez l’accent de Belleville.

-On t’a pas demandé mon currrriculum, rrrépète ce que je t’ai dit si t’as comprrris !


Gisèle avait compris. Sentant confusément qu’il vaudrait mieux être discrète, elle mit un tailleur bleu nuit, attacha ses cheveux jaunes dans un foulard à la Grace Kelly et mit des lunettes de soleil malgré le temps brumeux. À la banque, la guichetière qui l’avait reconnue lui demanda comment allaient ses problèmes de varice et lui délivra une liasse de billets qu’elle ne recompta pas. 50 000 €, ils étaient gourmands ces russes ! Elle voyait s’envoler les économies qu’elle avait fait pour sa prochaine voiture.


Arrivée au Narval, le patron la regarda en travers. C’est vrai qu’elle manquait un peu de naturel avec son accoutrement, on aurait Dupont et Dupond arrivant en terre étrangère.

-C’qu’on lui sert à la p’tite dame ?

-Heu un cognac siouplait !

-Dans une tasse ou au bol ?

-…

-Nan, je plaisante, un cognac un !


Elle qui voulait passer incognito ! Toute la salle riait. Elle jeta quand même un petit regard circulaire, se disant que s’il y avait des russes, ça devait bien se remarquer. Ils porteraient une chapka ou boiraient de la vodka, au pire danserait le kasatchok ou jouerait de la balalaïka, enfin un truc du genre. Mais là, rien. Juste un type s’excitant sur un jeu électronique, un couple d’amoureux qui se léchait la pomme, quelques habitués refaisant le monde en râlant de ne plus pouvoir s’en griller une en buvant un demi. Rien que de très normal.

Elle avala son cognac d’un trait, c’est comme ça que les gens le buvaient lorsqu’ils étaient sous le coup d’une émotion, enfin c’est ce qu’elle avait bu dans un film. Elle regardait sa montre fébrilement et demanda l’heure trois fois au patron que ça commençait à agacer.

-Faut changer la pile, la p’tite dame !


Elle se dit que si Frédo avait des ennuis, c’était bien de sa faute, ce qu’elle avait pu être égoïste ! Elle se détaillait dans un miroir pendant que son frère se faisait tailladé par un… un… un russe ! Bon sang, mais pourquoi elle l’avait envoyé sur les roses ce matin ? Quand leur mère était allée refaire sa vie avec un pilote d’avion turc, elle lui avait bien promis de s’occuper de son petit frère ! La voilà qui manquait à sa parole.

-18 h !

-Hein ?

-Il est 18 h, lui dit le patron du bistrot, vu que vous me demandez l’heure toutes les 5 minutes, je vous avise qu’il est 18 h !

-Merci monsieur.

Elle paya et demanda la direction des WC.

-C’est comme le Port Salut c’est marqué dessus, lui dit le patron en lui indiquant le néon.


Elle descendit prudemment, l’escalier était sombre. Soudain elle s’arrêta net, non pas que l’odeur ammoniaquée du pipi l’incommoda, mais un choix qu’elle n’avait pas prévu de faire s’offrit à elle.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? Toilettes filles ou toilettes hommes ? »

Elle opta pour les toilettes hommes qui, par chance, étaient vides. Trois cabinets, comme des cabines d’essayage. Elle sortit de son sac une poche plastique prisunic et la posa délicatement au pied de la cuvette de faïence qui, soit dit en passant, était un peu ébréchée.

« Mon Dieu, se dit-elle, et s’ils lui avaient vraiment coupé un pied et une main ? Je ne m’en remettrais jamais ! »

Elle remonta vers le bar, ignorant si elle devait rester ou partir. Les ordres du ravisseur n’étaient vraiment pas clairs. Dans les films les gens savent très exactement ce qu’il faut faire, ils n’ont pas besoin de noter l’adresse ou le numéro de téléphone, elle était bien incapable dans la panique de se souvenir de quoi que ce soit, elle, elle avait tout écrit sur son bloc d’une main tremblante, « Narval », cabinet du milieu…

Dans l’incertitude, elle alla s’asseoir sur une banquette dans le fond dans la plus grande discrétion.

-On remet ça ma p’tite dame ? cria le patron.

-Hein ?

-Un autre cognac ?

« Une fois de plus c’est raté pour la discrétion », se dit Gisèle. Elle avala d’un autre trait le liquide doré et se sentit un peu pompette : « manquerait plus que je sois beurrée ! ».

Elle attendit quelques instants scrutant le petit escalier menant aux toilettes, mais aucune activité de ce côté-ci. Un type passablement éméché que tout le monde appelait Jojo en lui tapant sur l’épaule, avait bien tenté une approche vers la descente aux cagoinces, mais le patron l’en avait dissuadé :

-Eh Jojo, t’en va pas me dégueulasser mes cabinets, la Jeanine elle a eu du mal à récupérer les carreaux la dernière fois, tu te souviens quand t’as voulu nous repeindre les murs…

-Ça va, répondit le Jojo en question, je me retiendrai jusqu’à la maison, t’es pas un marrant Marcel !

Gisèle avait tremblé que le type un peu crasseux du nom de Jojo descende dans les toilettes et trouve les 50 000 € emballés par prisunic. Il aurait fallu qu’elle l’accompagne pour surveiller et ça, elle n’y tenait pas vraiment. Elle attendait un signe de la mafia russe qui ne venait pas.

Au bout de longues minutes d’attente, un type est entré au Narval, il a salué la compagnie est s’est assis un peu à l’écart. La cinquantaine un peu bedonnante, il n’était pas sans charme et Gisèle réajusta son foulard et son soutien-gorge. Un vieux beau comme ça, ça pouvait être intéressant. Puis elle s’en voulu, réalisant que c’était peut-être lui la mafia russe ! Elle se cala sur son siège lorsqu’elle le vit prendre la direction des toilettes. Avec quelques enjambées de distance, elle lui emboita le pas. Il entra dans les cabinets garçons, elle le suivit. Mais au lieu de se rendre dans celui du milieu, il alla faire son besoin dans celui du fond.

Dépitée, Gisèle fit semblant de se laver les mains. Le type tira la chasse et passa devant elle en la toisant. Il remonta, elle remonta aussi.

Le bonhomme s’approcha du bar et dit assez haut pour que tout le bistrot entende :

-Dis-donc Marcel, je ne savais pas que t’avais repris du service comme taulier, t’as embauché de nouvelles putes ? La prochaine fois choisis-là un peu plus jojo.

Il retourna s’assoir et sortit son journal. Gisèle, rouge de honte reprit son poste d’observation sur sa banquette. Marcel s’approcha d’elle et lui chuchota :

-Heu ma p’tite dame, c’est pas que vous gêniez, mais si vous êtes d’un commerce douteux, je vous prierez d’aller l’exercer ailleurs, moi ça fait 20 ans que je suis rangé des voitures et j’ai pas du tout envie d’avoir des ennuis avec les poulets de la mondaine. Je vous serez reconnaissant de bien vouloir prendre vos clics et vos claques et de fichez le camp de mon honnête établissement. Vous inquiétez pas, le cognac il est pour moi.


Dans l’incapacité de lui expliquer le pourquoi du comment, Gisèle, plus piteuse que jamais prit son sac et sortit. Il n’était pas question de rester à attendre sur le trottoir, se faire prendre pour une pute une fois dans la journée, c’était bien suffisant comme ça. Elle se dit que la mafia russe arriverait bien à la joindre chez elle et elle décida de rentrer dans ses pénates.


Aucune nouvelle de son frère toute la soirée. Elle ne dormit pas de la nuit et le lendemain matin elle se dit qu’elle aurait peut-être intérêt à avertir la police malgré les injonctions des ravisseurs. Elle pensa qu’il vaudrait mieux attendre le lendemain. Elle fit bien. Elle se préparait un thé à la rose – il y avait deux jours qu’elle ne marchait plus qu’à ça – lorsque le téléphone sonna.

-Gisèle, c’est toi ? C’est moi !

-Moi ? Moi qui ?

-Ben Frédo quoi, ton frère !

-Ils… ils t’ont relâché ?

-Ben oui !

-Et tu vas bien ?

-Ben oui !

-Et tu es où ?

-C’te question, ben je suis à Paris. Je t’appelais pour te dire que tout va bien, que les russes ont bien trouvé ton paquet et ils ont même dit que même si t’étais moche comme un cul, c’était un vrai plaisir de traiter avec toi. Bon je te laisse ma Gisou, j’ai un avion à prendre. T’en fais pas pour moi, je te rappelle dès que je reviens.


Gisou sentit le rouge de la colère lui monter aux joues, Frédo s’était bien moqué d’elle, lui et sa mafia russe. Il y avait forcément des complices dans ce maudit bistrot Narval. Frédo il payerait à son retour. Sûr qu’il ne manquerait pas de l’appeler pour lui taper un peu d’argent !

Tout le Narval allait lui rendre gorge pour l’humiliation, la peur, et ses économies envolées, à elle : Gisèle Lepoix, laide et malheureuse, ordinaire et sans vie. Gisèle-la-poisse, Gisèle-la-poire, Gisèle-la-nouille, Gisèle-sans-couille qui se laisse avoir par la fripouille, Gisèle-l’inquiète qui rêve de voir une quéquéte.

Folle furieuse, elle se dirigea tout droit vers l’armurerie Deschamps « Armes en tout genre », prête à tout, prête à un massacre, à laisser son nom dans les annales du crime, elle voulait tout descendre au Narval. Elle voulait tout descendre tout court. Elle se voyait une mitraillette à la main arrosant de pruneaux bien salés l’assistance moqueuse du troquet, russe ou pas, elle était prête à tout dégommer.

Rue du Sergent, juste avant l’armurerie Deschamps « Armes en tout genre » et le Narval où riaient encore Jojo-pompette, Marcel-sournois et autres ennemis à abattre, au 39 rue du Sergent très exactement, se tenait l’agence Maarive spécialisée en voyages vers la Polynésie. Juste au moment où, d’un pas plus qu’alerte, Gisèle passait devant sa porte vitrée, sortit un homme qu’elle fit, bien involontairement, trébucher et qui s’étala de tout son long sur le pavé. Gisèle-soupe-au-lait oublia toute sa rancœur envers l’humanité et se précipita vers le type affalé par sa faute.

-Je vous demande pardon, Monsieur, je suis si maladroite, s’écria Gisèle-la-désolée.

Le bonhomme se releva en époussetant son costume trois pièces.

-Ne vous excusez pas jolie madame, tout est rrrééllement de ma faute, dit-il avec un joli accent slave.

« Jolie madame ! Ce type est aveugle, se dit Gisèle, quelle aubaine ! »

Il l’invita à boire un verre au Narval proche afin de se remettre de leurs émotions. Lorsque Marcel vit entrer la jeune femme il la montra du coude à Jojo :

-Tiens, c’est notre cliente, elle a réussi à lever un pigeon !


Le russe s’appelait Sergueï et entre lui et Gisèle, ce fut immédiatement le coup de foudre. Sergueï qui venait de conclure quelque affaire juteuse lui proposa de partager le voyage qu’il prévoyait de faire du côté des îles, « là-bas », montra-t-il vaguement du doigt.

Bien sûr, elle oublia toutes ses velléités de vengeance et accepta avec joie, se disant que c’était une chance pour elle que les hommes du grand froid avaient d’autres canons de beauté que ceux vivant sous nos latitudes. Ils partirent bras dessus bras dessous vers des cieux toujours bleus… enfin c’est ce qu’on croit, parce que selon d’autres sources, peu fiables il est vrai, Gisèle serait devenue une marraine de la mafia russe, Elle se ferait nommer à présent la grande Catherine !

Michèle Menesclou

mardi, 02 septembre 2008

La ride du lion

 

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"Ride the Lion" by Sonia Romero

Il est optimiste. C

est un don. Quelle que soit la circonstance, il ne voit que le bon côté des choses, son verre est toujours à moitié plein. Cet homme est bienfaisant. Il est heureux aussi. Tout le rend joyeux, tout lui agrée. Il se contente de peu, saccommode de tout. Il ne voit que le meilleur. Le sac de plume est pour lui plus lourd que celui de plomb. Si le vent souffle en rafales, il s’ébaudit du spectacle de la nature et si le déluge sabat, il ne voit quune pomme darrosoir céleste. Là où les hommes lèvent les bras vers le ciel pour prier, il les tend pour remercier. Au coin de la rue, il va se faire détrousser ? Il tend son porte-monnaie en remerciant le voleur : cet argent pesait dans sa poche. Son credo cest lespoir, tout lui est bon. Il chevauche le monstre sans peur. Quand daucuns vivent dans la désillusion, lui regarde le monde par le prisme de la confiance. Le bourreau tient la hache au-dessus de sa tête ? Il le regarde avec bonté et lui tend son cou, « je sais que tu feras bien ton office » et lorsquil voit la mort, la gueuse en manteau de temps, il sadresse à elle avec la plus grande des politesses, lappelle « madame » et lui confie son âme, persuadé quelle en fera bon usage. Cet homme est un saint ? Nullement. Un naïf alors ? Non plus. Il est optimiste et fait crédit au monde entier, aux hommes, aux oiseaux, aux fourmis, aux enfants et aux bêtes sauvages, il ne voit chez eux que la part du bon, tout ce qui est généreux, ce qui est à sauver en chacun des êtres. Il ne se force pas, cest sa nature, il est un homme que la grâce a touché là, juste entre les deux yeux, à lendroit où les rides du lion peuvent rendre les aigris hideux. Lui, elles lembellissent. Son âme à nue est précieuse, nul besoin de lenrober de papier doré ni de bolduc. Chez lui tout est authentiquement vrai. Son cœur il loffre en vrac, sans faire le tri, ni méfiant ni craintif, il confie ses rêves au vent qui les lui rapporte exaucés.

Michèle Menesclou ("Les petits papiers")

vendredi, 01 août 2008

Silence de mort

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Sans bruit sans bruit. Il dort. Les mains expliquent, seulement les mains. La voix reste en dedans, les lèvres s’agitent en fortes grimaces, les traits exagèrent. La porte est fermée sur le monde assourdissant, les allées les venues, les rires déplacés, les ordres, les appels, les criailleries. Aussi les plaintes, les gémissements, les mots qui rassurent, les claquements de pas sur le carrelage de mosaïque, les pleurs rebondissant sur les murs blancs, les chants faits de bips, de signaux divers. La porte, barrière de silence, quelques soupirs, une respiration fiévreuse et rapide puis le silence total, un silence de mort bâche les lieux.

M. Menesclou

mercredi, 07 mai 2008

Sans titre de gloire ni décoration

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Il faut ouvrir nos âmes pour qu’elles s’imprègnent des couleurs du monde. Il faut préférer à la foule chantant le bras levé, un enfant dormant les poings fermés. Il faut faire de nos ennemis les alliés de demain en reniant le mépris en tendant les deux mains. Il faut perdre le temps de regarder, de contempler, laisser aux saisons le loisir d’exister. Il faut réhabiliter la lenteur, le droit au retard, revendiquer la possibilité du décalage. Il faut dans le présent chercher la réponse de demain. Il faut voir avec nos mains, nos oreilles, retrouver les instincts. Il faut faire la nique à la camarde. Il faut laisser agir le hasard, il faut laisser agir les regards. Il faut passer sous les ponts comme l’eau et remonter le temps, pour retrouver les petits ruisseaux qui forment les torrents. Il faut laisser aux ciels torpides les oiseaux s’envoler dans des silences de coton. Il faut chercher, dans les nervures des feuilles d’automne, à lire des lignes de vie. Il faut dans le crépuscule de l’hiver voir l’aube du printemps. Il faut savoir être ironique sans être persifleur tout le temps, se moquer sans railler. Il faut écouter la ville et la sentir palpiter, s’en faire une amie et la respirer. Il faut chanceler de bonheur aux échos de SA voix au bout du fil, être dans tous ses états. Il faut savoir détester, crier s’emporter et rire aux éclats de sa stupidité. Il faut imaginer, rêver, croire et tomber sans craindre de ne pouvoir se relever. Et croire encore. Il faut jouer avec les cartes qu’on a en mains, même si ce n’est pas un brelan d’as, ni une paire ni un carré. Il faut mettre le feu aux idées pour en faire des pensées. Il faut, au fond du puits, mettre des lunettes noires pour ne pas avoir peur et y voir clair. Il faut, en pleine lumière, faire face au soleil sans se brûler les yeux. Il faut humblement reconnaître son mérite. Il faut avec fierté exhiber ses faiblesses. Il faut tirer le rideau sur les mauvais souvenirs et se souvenir des après-midi rideaux tirés. Il faut pleurer quand on est triste sans craindre d’être jugé.


Il faut, il faudrait.

 

Michèle Menesclou

mardi, 15 avril 2008

Un pain d'enfance

 

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Si l’homme était un aliment, il serait le pain. Je suis issue d’une longue lignée d’adorateurs du pain. Lorsque j’étais enfant, s’il n’y avait pas de pain à table, le repas était morose, d’ailleurs, je ne me souviens pas qu’il n’y ait jamais eu de pain. On en achetait deux, un qu’on était sûr de grignoter en le rapportant de chez le boulanger et l’autre qui devait trôner à table. On dit « le pain », mais il y a tellement de différentes sortes de pain. J’avoue que nous avions une préférence très nette pour la baguette parisienne que papa nous rapportait parfois lorsqu’il revenait du travail, notre banlieusard de boulanger ne savait faire que du gros pain honnête et roboratif. Je ne dirai pas la couleur blonde de la croûte, le croustillant, la mie comme une chaire tendre et salée, je ne dirai pas le bien-être provoqué par la satiété à chaque bouchée. Le pain remplit, il emplit l’estomac et diffuse une onde de bonheur dans tout le corps jusqu’au cœur. Chez moi et depuis très petite, j’allais acheter le pain. Maman mettait une grosse pièce de vingt centimes et une plus petite de dix dans une main : « ça c’est pour le pain », dans l’autre elle ajoutait une pièce de dix centimes et en refermant mes petits doigts elle ajoutait « et ça c’est pour toi ». Pour moi ça signifiait une friandise, une boule de coco, un malabar, un serpent de guimauve surmonté d’une vraie bague, une boîte de réglisse en poudre qui faisait tousser, des nounours en chocolat. Mais ma vraie récompense, c’était lorsque je m’asseyais au bord du soupirail, juste là devant l’antre du boulanger et que je le regardais fabriquer son pain, l’allongeant, l’effleurant de son couteau pour entailler la croûte, l’enfournant sur sa longue spatule de bois. Le pain est humain, nous le mangeons comme un frère bienfaisant.

 

samedi, 12 avril 2008

Le blues de la caissière du Franprix

 

 

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C’est samedi soir, il est 19 heures 30, le Franprix va fermer ses portes. Les derniers clients se bousculent vers les caisses, le jeune bobo, sa bouteille de rouge à la main, étiquette prestigieuse, la mère de famille qui a oublié d’acheter sa brique de lait, un pauvre type dépenaillé qui tient fermement  un saucisson d’une main et une boîte de haricots cuisinés de l’autre. Ce n’est plus l’heure des « gros caddys », ceux remplis à ras bord : les caddys de la femme pressée qui fait le plein pour sa semaine. Les attardés, ceux qui ont oublié le pain, le morceau de fromage, un tube de dentifrice, une bouteille de « Four Roses » ou les biscuits apéritifs pour les copains qui ont prévenu à la dernière minute de leur venue, ce sont eux qui font la fermeture.

Elle est derrière sa caisse, toute la journée, elle a entendu le « bip » mille fois répété de l’article passé sur le lecteur de codes barres. Sa tête résonne comme une cloche –bip, bip-  ses pieds sont gonflés à force d’être restée debout à recharger les rayons, ses yeux sont rouges sous les néons violents du plafonnier, elle en a dit des « bonjour », des « merci », elle en a fait des sourires, elle en a donné des prix, des renseignements sur la provenance des avocats, la contenance des cageots de clémentines. Elle est vidée la caissière, éreintée, elle n’a pas eu le temps de penser aujourd’hui, et c’est tant mieux !  Elle a recommencé des centaines de fois les mêmes gestes mécaniques, son esprit est resté en stand-by, ses yeux ont regardé sans voir, elle a entendu sans vraiment écouter, ses mains ont travaillé pour elle sans rien demander à personne. Ce soir elle est vidée, en retirant sa blouse ce soir elle réalise qu’elle n’a pas pensé de la journée. Pendant que Djamel baisse le rideau de fer dans un bruit d’apocalypse, sa mémoire se remet à fonctionner et son cœur se serre, ses yeux se cernent brutalement, sa bouche pâteuse réussi juste à dire : « ‘soir », elle enfile son blouson change ses ballerines pour des santiags et déguerpit.
Dehors, il fait déjà nuit et elle n’a rien vu de la journée : « tiens, il a plu », elle se dit en regardant le trottoir miroir. Il faisait déjà nuit quand elle est rentrée dans le magasin ce matin, il était 8 heures. La pellicule a défilé sans elle. Elle file comme un bas, d’un pas pressé et s’enfonce dans la bouche du métro, ça sent la pisse, la sueur, les parfums, c’est l’haleine du métro. Ça se bouscule là-dedans, ça se presse, c’est samedi soir, ça rigole, ça se palpe, ça se renifle, ça se regarde dans les portières, ça lit, calé sur les strapontins, ça met les pieds sur les banquettes, ça regarde le plan, ça évalue le nombre de stations qui restent, ça pique les porte-monnaie, ça pique un roupillon, ça fait la manche, ça fait le spectacle, ça joue de la guitare, ça chante : « Les amants de saint jean », et la rame traverse des tunnels obscurs, Dubo, Dubon, Dubonnet… Quand la lumière revient, les portes s’ouvrent et le flux se déverse et un autre paquet d’âmes apparaît. Elle a le blues la caissière du Franprix. Ce soir les métro peuvent bien caramboler, elle s’en fiche, elle a le blues la caissière du Franprix. Elle s’appuie contre le carreau crasseux et se prend à rêver, c’est pas parce qu’on n’en a pas les moyens qu’on ne peux pas rêver. Elle aimerait passer un samedi tout entier, serrée-collée contre son « petit loup », à danser en amoureux devant la fenêtre de sa chambre au dernier étage de l’immeuble miteux dans lequel elle loge. Oui, une danse en amoureux sur « How deep is the ocean », le piano leur mettrait des étoiles dans les yeux. Alors, le ciel serait bleu comme sous les tropiques, le plafonnier serait leur soleil, elle enverrait bouler la caisse, les étiquettes et le tapis roulant où se déverse toute cette nourriture qui lui file la nausée. Tout nus, ils se rouleraient sur le tapis turc et s’aimeraient tout le samedi.

Mais voilà, elle a le blues ce soir la petite caissière du Franprix ce soir et tous les autres soirs, son petit loup est parti avec une caissière plus jolie.

©Michèle Menesclou

 

dimanche, 23 mars 2008

Eternité

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Dieu regarda les hommes et s’étonna, Lui qui ne s’étonnait plus de grand-chose : « Je leur ai offert le temps et ils n’ont fait que le partager, le répartir, le diluer, le délayer jusqu’à le perdre ». Et Il s’arrêta car Il manqua de vocabulaire pour formuler Sa pensée, ce qui n’était guère courant parce que les pensées, Il les possédait toutes, quant aux mots, Il avait l’habitude de jongler avec, c’est avec eux qu’il avait créé l’univers entier.

« Je n’ai fait que séparer la nuit du jour, le jour durant entre deux couchers de soleil, eux se sont ingéniés à le couper, le recouper et le découper encore. Je leur ai donné le temps avec la promesse de l’éternité et pourtant ils courent, ils courent les hommes. Ils ne le prennent pas le temps. » 

 Il n’y avait pas vraiment de colère dans Sa voix, mais un peu de ressentiment et beaucoup d’incompréhension.

À ce moment-là, un petit angelot voletant autour du créateur lâcha un vent céleste très parfumé. « Contrôle-toi Éole, s’impatienta Dieu mi-énervé, mi-amusé, tu vois bien que je suis en pleine réflexion ! »

L’ange ajusta son aura et, un peu vexé, s’en alla voler un peu plus loin.

Satan qui ne traînait jamais bien loin de Dieu-le-Père et de ses Elohims s’approcha intrigué. Il y avait bien longtemps qu’il ne l’avait pas vu aussi songeur. « Tiens, dit-il aux diablotins qui l’accompagnaient, le Vieux radote encore ! ». Il s’approcha de quelques années-lumière pour mieux entendre.

« Moi qui ais l’éternité devant moi, reprit Dieu, tous les séraphins et autres  purs esprits qui emplissent notre Eden, savons qu’il est inutile de compter le temps

« Nous en parlons à notre aise, l’interrompit Satan à l’affût. Pour nous le temps est une notion qui se fond dans l’infini, moins on maîtrise et plus on compte. Les hommes sentent les choses leur échapper et tentent de mettre le temps en équation. ». Puis il se mit à rire, à rire à gorge diabolique déployée.

Dieu ne l’entendit pas de cette oreille et demanda :

-C’est de Moi que tu t’amuses ainsi ? 
-Je n’oserais, répondit le maître des abîmes, je ne ris pas de toi, mais des hommes, tu leur as donné le temps et moi je leur ai mis le feu aux fesses !

 

©Michèle Menesclou (Extrait de Contes-minute)

samedi, 01 mars 2008

L'extraordinaire histoire d'Augustin Pépin -Genèse d'un héros

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Augustin Pépin est né le 12 décembre 19..  à Gand en Belgique, d’un père médecin et d’une mère pianiste concertiste. Fils unique, il souffrit longtemps du peu d’attention que lui portaient ses parents. Sa grand-mère paternelle, Joséphine Pépin lui servit de confidente jusqu’à ce qu’elle décéde, il avait alors 12 ans. Il grandit seul et sans le moindre ami, si ce n’est ce chihuahua ridiculement minuscule que sa mère lui rapporta d’un voyage au Mexique et qu’elle l’obligea à nommé Émile. Augustin Pépin découvrit plus les hommes dans les livres que dans la réalité. Un précepteur se chargeait de faire son éducation. Un jeune allemand fin et timide qui influença pour longtemps ses goûts musicaux et sexuels. Ce n’est que vers 17 ans (l’âge auquel il obtint ses humanités) qu’il se frotta à la réalité et  se mêla à la plèbe : celle de l’université. L’âme humaine à grande échelle fut pour lui une révélation : sa complexité, sa diversité.

 

A 21 ans, majeur et adulte, il se fit engager comme reporter dans un journal de sa région. Ce ne fut pas sans mal, son allure d’éternel adolescent n’avait pas inspiré confiance à Jehan Bichut, rédacteur en chef du « Soir ».  Mais Augustin était un jeune homme pugnace et était décidé à exercer coûte que coûte le métier qu’il s’était choisi : journaliste. Sa soif de découverte du monde serait-t-elle un jour étanchée par l’exercice de cette profession ? Il en était persuadé. Il partit en Inde et rencontra un petit homme anorexique. Il s’avéra que sa rencontre allait être le déclencheur de sa carrière puisque son interlocuteur devait changer la face du monde : interview exclusive de Gandhi par Augustin Pépin. Cela lui valut la reconnaissance de ses pairs et surtout celle de Jehan Bichut qui l’engagea définitivement. Le jeune homme voyagea dans les régions les plus reculées de la planète et revint à chaque fois avec des documents sensationnels ne manquant pas de  marquer les esprits de ses congénères.

 

C’est à 30 ans, plus juvénile que jamais qu’il fit les rencontres qui allaient bouleverser son existence. La première s’était présentée sur quatre pattes en la « personne » d’un chien de race indéterminée pour lequel Augustin eut un vrai coup de foudre et qu’il nomma Émile, en souvenir de son petit compagnon d’enfance. Pour la deuxième, les choses avaient été moins évidentes. Il en avait rencontré des bourlingueurs, des aventuriers de toute espèce, mais le plus incroyable fut bien ce marin original et alcoolique traînant dans les bars et menant son bateau à la ruine. L’échange humain fut fabuleux : Augustin sauva le capitaine de son penchant fatal et ledit capitaine lui appris, en retour, la vie en mer, sa rudesse, la promiscuité avec des hommes bourrus et crus, chantant Valparaiso et jurant comme on respire. Les deux hommes s’étaient trouvés et n’étaient pas prêts de se séparer. Ils parcoururent le monde, du Tibet à l’Afrique et croisèrent l’existence de scientifiques, de bandits et de génies. La meilleure amie de madame Pépin mère, une cantatrice fameuse, tenta de détourner le jeune Augustin de ses penchants naturels pour les hommes, mais sans y parvenir. C’est ainsi que Pépin et le marin finirent leur vie, heureux et coupés du monde dans un château dont le capitaine avait hérité. Augustin mourut le premier à un âge fort avancé, laissant un capitaine désespéré. Du moins de mauvaises langues ont dit qu’il s’était consolé avec le majordome.

C’est ainsi que prend fin le récit de la véritable histoire d’un homme hors du commun : Augustin Pépin dit Tintin.

 

©Michèle Menesclou

 

 

samedi, 16 février 2008

Jouer

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J’ai joué à la marelle, j’ai joué au ballon, à la poupée, j’ai joué à faire la dame, j’ai joué au tourniquet et à la cage à poule, à la balle au prisonnier, j’ai joué à déclarer la guerre, à faire des colliers de marguerites, j’ai joué aux cow-boys et aux indiens, j’ai joué à loup y es-tu, à jacadi, à la belote avec mémé, aux dominos, aux petits chevaux, j’ai joué à aimé, à trahir à souffrir à soigner à perdre et à retrouver, j’ai joué ma vie en la risquant je me suis jouée de certains et d’autres m’ont joué des tours, parfois j’ai joué à quitte ou double, j’ai joué et j’ai perdu, j’ai joué souvent sur du velours, j’ai gagné parfois sans gloire et j’ai perdu aussi sans même avoir joué, et la vie très souvent s’est jouée de moi…

 

 

lundi, 17 décembre 2007

Journée d'enfance 3

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podcast
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De retour dans la classe, le tableau s’est rempli, la maîtresse a effacé la phrase de morale de ce matin et a ajouté l’énoncé d’un problème traitant d’un terrain à diviser entre plusieurs héritiers. Dans le coin gauche, Madame Blond a mis la correction de la division qu’avait péniblement commencée Minette.

Elle dit : « Recopiez l’énoncé, vous ferez l’exercice en revenant de déjeuner. Lorsque vous aurez fini, je vous parlerai de quelque chose d’important. »

Des rumeurs montent. « Quelque chose d’important ! Qu’est-ce que ça peut bien être ? » On fait des supputations, on imagine des choses. Mais la maîtresse donne quelques coups de règle sur son bureau pour faire revenir le calme. Tout le monde se dépêche de recopier ce qui est au tableau. Minette a fini parmi les premières, elle lit et écrit très vite, surtout s’il y a quelque chose d’intéressant à faire ou à entendre après ! Elle regarde avec un peu d’impatience sa voisine de table, Marie-Laure n’a pas encore fini et peine à recopier les chiffres, elle lui prendrait bien son porte-plume des mains pour l’aider à terminer. Puis voilà que Danielle n’a plus d’encre. Elle lève le doigt et Madame Blond l’autorise à aller chercher la grande bouteille violette à bec verseur dans le fond de la classe. Elle remplit délicatement du liquide épais l’encrier de faïence. Tout cela prend un temps infini. Minette bout. Enfin, la maîtresse tape dans ses mains et réclame l’attention de chacune. Elle désigne la grande horloge au-dessus du tableau et dit :

—Il est bientôt 11h 30 et nous allons sortir. Mais avant, je veux vous dire ceci.

Un silence lourd de curiosité pèse sur la classe, tout est en suspension : les gestes, les respirations. Que va annoncer Madame Blond ? Elle continue :

—Dans quelques jours ce sera les vacances de Noël, et, à cette occasion, l’école organise une sortie pour toutes les classes. Vous avez du remarquer qu’un cirque s’était installé sur le grand terrain vague à l’entrée de la ville. Et bien, nous allons assister à une de ses représentations. Mais pour cela, nous avons besoin d’une petite participation financière de vos parents. Je vais donc faire passer dans les rangs des feuilles à remettre à ceux-ci et à me rendre demain au plus tard. Vous avez compris ? Celles qui ne m’auront pas rendu l’autorisation ne pourront pas assister au spectacle !

Que ne fallut-il de patience contenue pour ne pas hurler de joie à l’annonce faite par Madame Blond !!!

Minette et Jocelyne sur le chemin de la maison tenaient en main la feuille distribuée par la maîtresse comme s’il s’était agit d’un message ultra secret et important. Entre les deux doigts gantés de Minette, la feuille a failli s’échapper. « Ouf ! dit Jocelyne, encore un peu et tu ne venais pas ! »

Minette excitée comme une puce entre en trombe dans la maison. « Maman, maman, hurle-t-elle, j’ai quelque chose de très important à te dire ! Je vais aller au cirque ! Tu veux bien, hein maman ? Dis moi que tu veux bien ! »

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