dimanche, 04 juin 2006

Dites-moi quelque chose !!



Ça y est ! Ma bouche est empâtée, c’est ce que je redoutais le plus. Les mots sortent en se bousculant, littéralement arrachés à mes pensées. Chaque parole est scotchée là, au fond de ma gorge et lorsqu’elle parvient enfin à franchir le seuil de mes lèvres, de longues secondes se sont écoulées. Se consument de longs blancs entre chaque terme, le temps d’éjecter le suivant, de l’expulser hors du Tohu de mon cerveau. Bon Dieu, pourtant lorsque je suis seule, devant mon miroir de salle de bain, enroulée dans ma serviette, brandissant une brosse à dents menaçante, quel talent, quelle éloquence ! Tous les mots s’assemblent dans une harmonie céleste, ma pensée s’organise et s’emboîte en un puzzle parfait. C’est si facile ! Pas le moindre défaut de prononciation, pas le plus petit accent, tout coule !

Je le vois, face à moi, il tapote nerveusement, avec le capuchon de son stylo, le bureau sur lequel est posé mon dossier, il produit des « plik plik » très désagréables et qui ajoutent à mon désarroi et mon stress. Quelle torture !
-Donc, si j’en crois le… ce papier que j’ai entre les mains, vous êtes compétente pour ce poste…
-Oui,…, je…
-Mais enfin, mademoiselle, dites-moi quelque chose ! Quelque chose de cohérent !

Lui dire quelque chose, lui dire quelque chose, vite, mais quoi ?
Qui peut traduire les mystères de la pensée humaine, qui peut prétendre savoir et prévoir une réaction, une phrase un mot ? Pourquoi à ce moment précis, je me suis écriée :

« De toutes façons, vous savez, je me fiche bien que vous me preniez ou pas ! Votre boîte est putréfiée comme un vieux fruit pourri, la direction est scélérate et ses méthodes sont contraires à toutes les règles élémentaires en matière de droit du travail. Vos bureaux sont vétustes, vos ordinateurs rament comme de vieilles draisiennes et votre moquette pue des pieds ! »
Voilà, j’ai dit !

samedi, 03 juin 2006

Un chausseur sachant chausser

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« Nicole chaussures », s’étale en larges lettres bleues sur la devanture du magasin. Dans la cour, Jeanne fait jouer les verrous et pénètre dans la boutique encore plongée dans l’obscurité. Comme tous les matins de la semaine à la même heure, elle allume les lumières, des spots intégrés au plafond, et met en route la caisse électrique. Elle jette un coup d’œil circulaire à l’intérieur de la boutique : « tout est normal ». Enfin, elle remonte le rideau de fer à la manivelle.

Jeanne n’est que l’employée de Madame Nicole, mais elle jouit de toute la confiance de celle-ci. Bonne travailleuse, honnête et irréprochable, elle connaît son métier mieux que personne et les chaussures n’ont aucun secret pour elle. De la bottine à l’escarpin, en passant par le mocassin, la chaussure de marche, le godillot, la botte cuissarde, le snow-boot, la sandale, le chausson et la mule. Toutes, elle les connaît toutes ! Elle prétend que la chaussure fait l’individu : n’importe qui ne porte pas n’importe quelle chaussure. Suivant sa théorie, lorsqu’on est de petite taille, et qu’on s’assume ainsi en portant des chaussures à talon bas, cela dénote une certaine honnêteté intellectuelle. Les possesseurs de chaussures à lacets, n’ont certes pas le même tempérament que les porteurs de souliers à boucles, les propriétaires des uns ayant moins d’estime d’eux-mêmes que les autres. Pour elle encore, on n’a pas le même sens des valeurs quand on porte du cuir ou de l’élastomère. Sans compter, que le niveau social est immédiatement visible, à l’œil nu ! Le clou de sa démonstration, si vous la lui demandez, consiste à affirmer qu’on reconnaît la franchise d’un individu à la propreté de ses chaussures. Et que personne ne s’avise devant elle, de parler de godasse ou de pompe, encore moins de grole ou de tatane, la chaussure, pour elle, est un objet noble et digne de respect.

Donc tous les matins, à 9 heures précises, elle donne vie à la boutique de Madame Nicole, qui, elle, en profite pour faire la grasse matinée en compagnie de son camarade de jeu, Monsieur Félix. Ce n’est que vers 10 heures et demi, voir parfois 11 heures, que la patronne montre son minois plutôt agréable dans le magasin. Elle arrive généralement pimpante et rayonnante, vérifie la caisse très distraitement, demande à Jeanne si elle a fait quelques ventes depuis le début de la matinée, puis jette un coup d’œil à sa jolie personne dans le grand miroir collé au mur et légèrement amincissant. Elle refait son chignon, un peu sophistiqué, qu’elle est très fière de confectionner toute seule, puis elle s’assoit à la caisse et se plonge dans la lecture des magazines à potins, auxquels elle est abonnée. A vrai dire, c’est à peu près tout ce qu’elle lit, en dehors des recettes de cuisine que lui fait parvenir Madame André, la directrice du magasin de machines à laver, en face de « Nicole chaussure », ou encore, celles plus exotiques, que veut bien lui transmettre Madame Elahoui, qui tient le pressing sur le même trottoir.

La vie du quartier est plutôt tranquille, tout le monde se connaît et tout le monde s’entend plus ou moins bien. Madame Nicole octroie 25 % de réduction à Monsieur Duhamel, le charcutier, qui lui-même de temps à autre lui glisse un rôti à l’oeil dans sa commande. Seuls, le garagiste et le coiffeur ont quelques difficultés à se supporter, et ce, depuis que quelques soupçons, avaient effleuré Monsieur Jaquemin (le garagiste) sur les relations qu’entretient sa femme et Bertrand (le coiffeur).

Jeanne se tient à distance des embrouilles, et vit un peu recluse dans le fond de la boutique. En revanche, elle s’allume comme un lampion, lorsqu’un client met le pied dans son magasin pour y être chaussé. Là, elle donne la pleine dimension de son talent. Car elle a un vrai talent, celui de trouver à chacun, chaussure à son pied.

C’est une sorte de don qu’elle a. Elle examine l’individu, le soupèse, fait une étude psychologique, à la fois concise et poussée, et se rend directement dans les rayons, chercher l’objet inconsciemment désiré par le client sans jamais lui demander, ni son avis, ni sa taille. Et cela fonctionne à 100 %, jamais, depuis deux ans qu’elle travaille chez « Nicole chaussures », jamais elle ne s’est trompée. Jamais personne, n’a regretté son achat, ni rapporté une paire de chaussures. Elle ne se trompe jamais. C’est pour cela que depuis deux longues années, Madame Nicole, elle-même, n’avait pas réalisé une seule vente, laissant à Jeanne l’entière responsabilité du magasin.

Jeanne est une jeune femme chétive et pourtant douée d’une force surprenante. Il faut la voir ranger les innombrables cartons de chaussures, qu’elle porte à bout de bras. Monter et descendre 20, 30 fois dans la même journée, pour chercher à la réserve, la paire de chaussures qui convient, ne la fatigue nullement.

Madame Nicole, n’a dans son stock, aucun rossignol, aucun invendu. Car, quelle que soit l’époque et quelle que soit la mode, Jeanne arrive à tout vendre, même l’invendable. Et non pas pour refourguer un article impossible à caser à un quelconque gogo, mais parce qu’elle est convaincue que c’est « la bonne chaussure pour la bonne personne ». Et le client repart toujours satisfait quoi qu’elle lui ait vendu.

Madame Nicole ne s’explique pas ce prodige, mais elle ne cherche pas à le faire ou plus exactement, elle ne veut surtout pas le faire.

Si un commerçant de la rue lui envie une telle vendeuse, elle contourne la conversation en évitant bien de se porter la poisse.

Le magasin ouvre à 9 heures, mais les ventes commencent rarement avant 10 heures, et cela, Jeanne le sait. C’est pourquoi, elle en profite toujours pour boire un dernier café.

Pourtant, ce matin-là, alors qu’elle s’apprête à sortir son thermos du sac, un client entre dans la boutique, la clochette de la porte retentit.

C’est un homme, grand, massif, les cheveux très bruns et bouclés, les yeux noirs et une barbe parfaitement taillée. Il s’incline devant Jeanne.

Celle-ci est surprise, elle n’a guère l’habitude qu’on lui fasse de tels salamalecs. Surprise, et il faut bien le dire, troublée, car l’homme est beau : entre deux âges, le regard profond et pénétrant. Il porte un costume sombre et sobre et une cravate rouge qui illumine son visage.

-Que puis-je pour Monsieur ? s’entend demander Jeanne pour la première fois de sa vie. Elle qui avait toujours deviné auparavant.

L’homme la regarde, surpris.

-On m’a dit que vous étiez la vendeuse la plus douée de sa génération. Savez-vous que votre réputation a voyagé ? Elle est parvenue jusqu’à moi, et pourtant, j’habite très loin d’ici !

-Ha ? fait Jeanne de plus en plus perplexe.

-J’ai besoin de chaussures ! dit l’homme en souriant devant le trouble qu’il a provoqué.

C’est à ce moment que Jeanne s’aperçoit qu’elle n’a pas encore regardé les pieds de ce client très particulier. Pourquoi le trouble-t-elle autant ?

Son regard descend rapidement jusqu’aux chaussures de l’individu. Surprise ! Ce colosse a des pieds minuscules, pas du tout en rapport avec sa taille. Il porte des mocassins de cuir noir, parfaitement cirés, mais petits, si petits…

-Permettez-moi de me présenter, dit-il, je m’appelle Pholos, Ixion Pholos, je suis originaire de Thessalie, en Grèce. J’ai tellement de mal à me chausser, que je parcours la planète pour trouver chaussure à mon pied. J’ai pensé qu’en venant ici, vous trouveriez ce qui me conviendrait.

-Mais certainement, certainement, Monsieur Pholos ! dit Jeanne, plus très sûre d’elle-même.

Pour la première fois de sa vie, rien ne lui venait. Son instinct ne lui parlait pas. Habituellement, les images lui viennent par flash : un homme = un pied = une chaussure. Là, rien ! Ces pieds ne lui parlent pas.

Un vent de panique est en train de l’emporter, ses joues s’empourprent et elle s’entend bredouiller :

-Je vois que Monsieur aime la chaussure souple et confortable. Euh… ! Le mocassin ?

-Mais, je porte déjà des mocassins ! Il me faudrait autre chose.

-Euh ! Oui, bien sûr ! Monsieur aurait-il une idée ?

Ixion Pholos la regarde avec surprise.

-On m’avait pourtant dit…

-Je crois que j’ai une idée, s’empresse de l’interrompre Jeanne, saisie d'effroi.

Elle grimpe quatre à quatre les escaliers menant à la réserve et se rend compte avec stupeur, que pour la première fois, elle est essoufflée. Elle se dirige vers les chaussures-hommes et fouille, angoissée, les monceaux de boîtes. Elle les dérange toutes avec fébrilité. Les papiers de soie jonchent le sol, les chaussures se retrouvent alignées comme à la parade. « Celle-ci, murmure Jeanne, ou celle-là peut-être, non ! Si pour une fois, Madame Nicole pouvait venir à mon secours ! ». Finalement, n’arrivant à se décider pour rien, elle descend, un tas énorme de boîtes sur les bras, et faillit tomber dans l’escalier à plusieurs reprises.

-Ciel, s’exclame Monsieur Pholos, en la voyant ainsi chargée, je pensais sincèrement, que nous en aurions fini rapidement. Mais, je vois qu’ici, c’est comme partout ailleurs, il va falloir essayer, essayer, et essayer encore…

Jeanne déballe la première boîte et montre à son bien curieux client une paire de bottines dont le cuir brille avec l’insolence du neuf.

-Non, pas ça, dit l’homme, ça semble si raide, si inconfortable !

Jeanne sort des richelieus noires de leur boîte, cela n’a pas l’heur de plaire à Monsieur non plus.

Au bout d’une dizaine de modèles, Jeanne en nage, sort une paire de mocassins, en tous points identique à celle qu’il portait en arrivant, si ce n’était la couleur qui différait. Elle n’avait pas osé la sortir avant, puisqu’il avait manifesté le désir de changer de modèle. Mais ne semblant pas se rendre compte qu’il s’agit des mêmes chaussures, il s’exclame enfin conquit :

-Bien, je vais les essayer ! Celles-ci me paraissent convenir parfaitement.

Jeanne est dans tous ses états, ses mains tremblent, elle est assise sur son petit tabouret de chausseur, le chausse-pied à la main, prête à toute éventualité.

L’homme retire ses chaussures, si petites, et Jeanne observe furtivement, que le pied de Monsieur Pholos a une forme aux contours particuliers : pas de présence de doigts de pied ! Étrange ! Jeanne interloquée, regarde avec plus d’attention. Le pied est quasiment rond ! Comment est-ce possible ? « Voilà pourquoi je ne trouvais rien ! Cet homme n’a pas les pieds de tout le monde. C’est une farce, quelqu’un a voulu me piéger ! », se dit Jeanne dont la fureur monte. Prise d’une rage subite, elle s’empare du pied de l’homme et lui retire violemment sa chaussette. Il faut qu’elle sache.

Elle a comme un hoquet. Ce qu’elle voit la glace de stupeur : ce n’est pas un pied, du moins, un pied comme nous l’entendons, un pied d’humain. Non, il s’agit là de toute autre chose : cet homme n’a pas de pieds, mais des sabots !

Elle soulève ledit sabot et voit qu’il est parfaitement constitué d’un talon, d’une sole, d’une fourchette comme tout bon sabot qui se respecte (Jeanne a fait beaucoup d’équitation étant jeune, et tout ceci ne lui est certes pas étranger). En fait cet homme avait les pieds d’un ongulé !

-Bien, dit Jeanne, maintenant je sais. Je comprends enfin pourquoi je ne vous situais pas sur le plan pédestre.

L’homme n’a pas réagi, il regarde avec honte son pied nu.

-Ne dites rien, je vous en prie ! Si je vous avais prévenue, vous m’auriez jeté dehors en me regardant comme un monstre. Car c’est bien ainsi que l’on nous considère depuis toujours, moi et les miens. De telles légendes courent sur notre compte ! On dit que nos mœurs sont brutales, que nous nous nourrissons de chaire crue, que nous vivons comme des bêtes au fin fond des forêts… et que sais-je encore. En réalité, tout cela est faux. Nous ne sommes que des êtres marqués par la fatalité de notre particularité physique, nous nous mêlons au monde, mais nous cachons ce que nous sommes, vous nous croisez tous les jours sans le savoir. Nous occupons tout type de profession, tout nous est ouvert, car nous sommes cultivés et intelligents. Notre existence remonte à la nuit des temps. Nous avons été pourchassés, tués et haïs, pourtant nous n’aspirons qu’à vivre tranquilles et sans problèmes. Mais hélas, nous sommes des monstres !

Ixion Pholos était d’une telle tristesse, qu’il était au bord des larmes.
Jeanne lui prit la main gentiment.

-Mais pas du tout, nous n’êtes pas un monstre, vous êtes seulement différent des autres. Si vous me l’aviez dit immédiatement, je n’aurais pas agi ainsi, nous aurions été droit au but. J’ai vu tant de pieds différents au cours de mon existence, ce ne sont certainement pas les vôtres qui vont m’émouvoir !

L’homme a levé son visage.

-C’est vrai, je ne vous fait ni horreur, ni peur ? demande-t-il avec reconnaissance.

-Bien sûr que c’est vrai, reprend Jeanne, vous avez bien le droit, vous et les vôtres, d’avoir les pieds que vous voulez !

L’homme se lève, Jeanne le suit. Il était immense, elle était minuscule. Il la prend dans ses bras et la serre fort. Elle suffoque. Il la lâche.

-Dorénavant, vous serez notre chausseur attitré ! s’exclame Monsieur Pholos.

-Si vous voulez, reprit Jeanne, tout le monde a le droit de se chausser.



Quelques temps plus tard, Jeanne très en beauté faisait essayer à un petit garçon, une paire de baskets, qu’il avait repéré dans la vitrine. Il avait fait un tel scandale pour les avoir, que sa mère avait fini par céder. Les pieds de l’enfant étaient petits, si petits…

A la fin de la journée, Jeanne sortit pour fermer le rideau de fer, elle regarda fièrement sa boutique au fronton duquel s’étalait dans une belle couleur rouge vif : « Au centaure heureux ».


(Pour Dixit)

mardi, 30 mai 2006

L'abbé Mol

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Il devait bien être deux heures du matin lorsque Rose, la bonne des Clavier frappa à la porte de l’abbé. Frapper est peu dire, elle tambourinait de ses gros poings dodus contre la large porte en bois du presbytère.
Le prêtre, pieds nus et en chemise lui ouvrit la porte en grognonnant : « Nom de Dieu –s’cusez Seigneur – c’est quoi ce chahut ? Voilà, voilà ça vient ! ». Rose se tenait devant lui, toute ébouriffée et dégoulinante, les yeux ouverts comme des fenêtres en plein été. « Vite, M’sieur le curé, vite, faut venir chez les Clavier avant qu’on soit en retard ! ».
-Calmez-vous Rose, en retard de quoi bon sang ? C’est pas comme si on allait rater l’express de 11 h 07 ! Qu’est-ce qui se passe chez les Clavier ?
-C’est le grand-père Clavier, dit Rose en reprenant haleine…
-Oui, ben le vieux Clavier et alors ?
-Il est en train de passer l’arme à gauche…
-Bon ben ça va, j’ai compris, une histoire d’extrême onction…
-Oui mais c’est pas tout…
-Quoi d’autre ?
-La fille Charlotte…
-Quoi la fille Charlotte, bien quoi ?
-Ben elle vient de mettre bas !
-Voyons Rose pour une femme on ne dit pas mettre bas, on dit… bon, on en rediscutera. Attendez-moi, je prends ce qu’il faut et je vous suis.

« Bon Dieu de bois –s’cusez Seigneur –, était en train de penser l’abbé Mol, nous autres curés nous sommes comme les docteurs, appelés à toute heure. C’est notre vie. Mais bon sang, qu’est-ce que j’ai bien pu faire de ce chapeau ! »
Le brave prêtre, chauve comme un chou pointu, ne pouvait sortir sans chapeau et surtout pas par un temps pareil. Dehors la pluie tombait comme vache qui pisse. « Tant pis, se dit-il au bout de 10 minutes de recherches infructueuses, je mettrais le chapeau de paille ! ». Il sortit, Rose sur ses talons, sous une pluie battante, en essayant de rattraper sa soutane qui s’envolait sous l’effet des bourrasques.
Mais cette histoire de chapeau introuvable le turlupinait un peu.
Des coïncidences ? Sûrement ! Des signes divins ? Il n’osait l’espérer ! Pourquoi Dieu s’intéresserait-il à un modeste curé de campagne tel que lui ? Et pourquoi lui enverrait-il ce genre de message ?
Tout en marchant, il réfléchissait sans se rendre compte qu’il marchait dans les flaques ou que les ronces du chemin accrochaient sa robe d’ecclésiastique. « Voyons, se dit-il, si je compte avec le père Morel, ça en fait quatre ce moi-ci ! Quatre fois que Dieu, -si c’est bien vous Seigneur-, m’envoie des avertissements. La première fois que j’ai perdu mon chapeau c’est la vieille Tordue qu’a rejoint ses pères. Je ne l’ai retrouvé que le lendemain des funérailles, comme par magie –pardon mon Dieu – sur le prie-dieu de ma chambre. La deuxième fois qu’il s’est égaré de façon étrange, c’est la mère Bizeau qu’est parti en enfer, enfin c’est là que j’ l’aurais mise si j’avais été vous seigneur… Mais c’est vrai, je ne suis pas vous… Il était tout sagement posé sur mon lit au retour du cimetière. Si je compte bien, André, le sacristain fut le troisième et là encore : plus de chapeau, retrouvé tout pareil le lendemain des obsèques dans la sacristie. Et rebelote, cette nuit, plus de chapeau et voilà qu’on m’appelle pour une extrême onction ! C’est un vrai mys… »
-C’est là mon père, attention à la marche, dans le noir on la voit pas bien, on voudrait pas que le bon Dieu se déplace deux fois cette nuit, pas vrai mon père, lui dit Rose en souriant !

Le grand-père Clavier expira la nuit même, il avait attendu l’arrivée de l’abbé Mol afin de se confesser une dernière fois, trois fois rien –quelques vols de parcelles de terre au cadastre qu’il gardait pour la bonne bouche, l’ultime confession.
Deux jours plus tard, il fut mis en terre et le curé retrouva son chapeau au pied de l’autel juste avant la messe.

L’étrange phénomène se produisit une dizaine de fois et le curé, persuadé que ce chapeau était un lien direct entre lui et le Seigneur, une sorte de téléphone privé en sorte, prévoyait à l’avance un décès dans la paroisse. Ce qui lui permettait confortablement de planifier son emploi du temps et de ne rien entreprendre sachant que l’attendait une extrême onction imminente ! A l'étonnement de tous ses paroissiens...

lundi, 29 mai 2006

Dazibao



Fragments
… pourrait tout de même prendre des renseignements avant de se lancer dans une diatribe incendiaire contre les… Voltaire a l’art de se rendre insupportable. Louis XV le craignait, il n’appréciait pas son effronterie… l’énergie vitale des malfrats de banlieue, ces ragazzi di vita…ont quelque chose de plus !... sera organisé par le nouveau comité de campagne… la douleur lance le monde qui souffre des blessures qu’il s’inflige… regrets éternels…

Morceaux
Deux taches blanches et… effeuille renaissance, …investigations des gendarmes… Libéria…Côte d’ivoire… Sierra Leone… groupes armés… lambeaux de chair, morceaux de vie, copeaux d’espoir, tout est parti, la mort se délecte, se nourrit, par pelletées géantes, les corps sont jetés dans des fourneaux de haine. Le feu dévore, le feu détruit mange et se repaît.


Miettes
Ce qu’il reste… jamais assez… consommation… je mange ma main par dépit par amour de moi, que me restera-t-il lorsque j’aurai tout rongé, lorsque grignotée jusqu’à la moelle, je ne penserai plus, le monde sera éteint…

Blanc